ARCA Librairie
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"Faire" ou "ne rien faire" ?

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#156

Chères soeurs et chers frères de la Quête,
que la Paix soit sur vous !

Je propose de continuer ici une discussion très intéressante qui avait été amorcée en réaction de l’excellent article A propos de l'acte de "manger" (cf. la discussion : www.arca-librairie.com/forum/quesions-a-...-gouter-par-le-jeune ) et qui est susceptible d’intéresser un grand nombre de cheminants. En partant d’une réflexion autour du « goûter » et du jeûne, nous en étions arrivés à parler d’un aspect à mon sens essentiel de la Quête, qui illustre parfaitement son caractère paradoxal et la façon dont notre compréhension bornée manque à chaque fois d’en synthétiser les horizons divergents.

Cette énigme est celle de la part dévolue à notre action et notre volonté dans la quête du Seigneur, et de la relation insaisissable entre notre « œuvre » et Sa Grâce qui fait tout …

Je voulais repartir d’une très belle explication de Pantout :

« je crois que la praxis est très nécessaire jusqu'au jour où nous ne ferons plus rien parce que le Seigneur fera tout lui-même en nous. Mais je crois aussi qu'en attendant; il faut aussi s'efforcer parfois de ne plus rien faire du tout, comme un collégien au début des vacances, qui s'ennuie jusqu'à ce qu'une nouvelle idée de jeu lui vienne. À ce moment, on se rend compte que la quête devient comme un besoin physique, impossible à chasser »


On voit ici tout le paradoxe : le but est bien de ne plus rien faire par nous même et de laisser le Seigneur agir en nous et par nous, mais en même temps il s’agit aussi de « s’efforcer » à faire ou à ne pas faire certaines choses …

Le piège de ce paradoxe est que si nous nous efforçons de ne rien faire, tel le collégien évoqué par Pantout, c’est toujours selon notre désir propre et notre conception limitée de l’action et de sa portée … Faire place au Seigneur ne peut résolument pas se limiter à décider de « ne rien faire », mais s’apparente plutôt à cet Art subtil que les cheminants du Dao ont appelé le Wu-Wei, le « non-agir ». Selon cette conception il ne s’agit pas de ne « rien faire » mais plutôt de ne rien s’approprier dans nos actions, comme dans la parole de l’Évangile : « quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite » (Mt 6,3).

Or Dieu ne nous a-t-Il pas donné les outils pour sortir de cette impasse humaine par l’intermédiaire de Sa Parole et de Ses prophètes ?

Le meilleur exemple n’est-il pas celui de la prière ?
Lorsque nous prions spontanément le Seigneur par désir de Lui (ou par supplication vainement intéressée !) en utilisant nos propres mots, nous restons forcément empêtrés dans notre volonté propre et nous n’accomplissons pas complètement Sa volonté puisque nous engendrons un mélange impur en y insérant la notre. Tandis que lorsque nous Le prions par les mots mêmes qu’Il nous a enseigné, ou aux moments privilégiés qu’Il nous a indiqué, nous accomplissons Son Ordre et nous Le glorifions par l’expression de Sa propre Gloire …
N’est-ce pas là le but du « Notre Père » enseigné par Jésus (aS) à ses disciples ?
N’est ce pas là le but du rythme solaire des prières enseignées par Muḥammad (SwS) ?

Lorsque nous prononçons une prière que Dieu nous a enseigné par l’intermédiaire de Ses prophètes, celle-ci descend de Lui et remonte vers Lui par nous. Nous ne faisons alors que refléter Sa Gloire et nous en bénéficions réellement en nous effaçant devant Sa Parole …

N’est-ce pas la meilleure façon de nous assurer que c’est bien Lui qui « fait » tandis que nous nous effaçons pour faire le moins possible ?

Il me semble que les Écritures ont en ce sens bien plus d’existence que nos illusions individuelles et nos conceptions artificielles. Elles vivent depuis des milliers d’années et bercent le monde de leur vérité immuable, générations après générations, tandis que nous ne sommes que des taches de non-être qui naissent et disparaissent …

L’exemple le plus frappant à mes yeux est que le Verbe de Dieu lui-même, Jésus (aS), a choisi comme dernière parole un vers des Psaumes plutôt que ses propres mots …

Un petit récit enfantin illustre également cette idée, et bien qu’il ne s’agisse pas de très fine littérature, je ne résiste pas à l’envie de le partager avec vous :

Un vieil homme musulman, vivait dans une ferme dans les montagnes avec son petit fils.
Chaque matin, son grand père se réveillait tôt pour lire son Coran. Son petit fils voulait être comme son grand père, et essaya de l'imiter dans tous ses gestes.
Un jour, son petit fils, lui demanda : "Grand père! J'ai essayé de lire le Coran comme toi, mais je n'arrive pas à comprendre le sens des versets, et lorsque je comprends parfois, j'oublie aussitôt que je ferme le livre. Qu'est ce qu'on retire de bien lorsque nous lisons le Coran ?"
Le grand père demanda alors à son petit fils : "Prends cette corbeille jusqu'à la rivière et ramène là moi remplie d'eau". Le garçon fit comme son grand père lui demanda, mais la corbeille se vidait d'eau avant qu'il revienne à la maison.
Le grand père rit et dit : " Tu devrais être plus rapide la prochaine fois", et il renvoya son petit fils avec la corbeille pour essayer une deuxième fois. Cette fois-ci le jeune garçon courra, mais la corbeille se vida encore avant de retourner à la maison.
Essoufflé, il dit à son grand père qu'il était impossible de ramener de l'eau dans une corbeille, et qu'il allait prendre un seau à sa place.
Le grand papa lui dit : " Je ne veux pas de l'eau dans un seau, mais dans une corbeille, c'est juste qu'il faut ressayer encore", et il parti retenter sa chance. Le jeune garçon plongea encore la corbeille dans la rivière, couru, mais quand il arriva à la maison, la corbeille était encore vide. Essoufflé il dit à son grand père : " t'as vu grand père, c'est inutile!" Le vieil homme regarda son petit fils et lui dit : "Regardes la corbeille".
Le jeune garçon regarda la corbeille et pour la première fois réalisa qu'elle était différente. Elle a été transformée d'une corbeille sale à une corbeille propre.
"C'est la même chose quand tu lis le Coran. Il se peut que tu ne comprennes pas ou que tu ne te rappelles pas de tout, mais quand tu lis le Coran, c'est ton âme qui change."


Que le Seigneur vous illumine de Sa Parole
Qu’Il fasse de vous les outils de Sa Volonté
Qu’Il répande par vous Sa Sagesse

Fî Amâni-Llah

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#169

Salut à toi ibn al-3adam,

Merci pour ces réflexions, c'est très stimulant !

Cette une question compliquée ! Pour être honnête, je n'ai jamais vraiment trouvé de réponse mais voici quelques pistes de réflexions.

Que faut-il faire ou ne pas faire pour notre quête !?

Ce que nous savons :

1/ les Anciens nous disent clairement qu'il faut fréquenter les textes sacrés tant que nous sommes dans la salle d'attente. Cagliostro, je crois, disait même qu'il faut s'adonner 5 heures par jour à sa quête. En évitant bien entendu le piège de croire qu'étudier et savoir intellectuellement apporte quoique ce soit, hormis sans doute de pouvoir utiliser ces savoirs une fois que le don sera reçu... mais avant, on ne peut que répéter le plus fidèlement possible, vu que nous ne comprendrons jamais rien avant d'en avoir le cœur net !

2/ Si nous avons la chance de connaître un prophète, un sage ou un vrai prêtre, il faut prier pour le reconnaître afin de bénéficier de la vraie communion qu'il peut offrir aux croyants que nous sommes, et "quelques petits extras" pour les chercheurs.

3/ Prier pour qu'en ânes que nous sommes, nous soyons protégés et guidés dans notre quête. Pour que nous puissions prendre conscience de notre état déchu, de notre incapacité complète de faire quoi que ce soit pour réveiller le Dieu qui est en nous par nous-mêmes ! Le contraire est extrêmement usant, obsédant et certainement inutile, si ce n'est pour se rendre compte que c'est inutile justement. Pantoufles, pyjama et quelques bouquins des bons auteurs sont les mots d'ordre !

Voilà donc en gros ce que nous POUVONS faire, mais en soi CA NE SERT A RIEN tant que nous n'avons pas reçu la bénédiction. Bien entendu, ça nous stimule (c'est sans doute déjà bcp), et on sent bien que ça nous fait tolérer ce monde de crasse et notre peau de bête, car on se rappelle qu'il y a autre chose qui nous pend au nez ! Mais c'est tout. Comment un aveugle de naissance pourrait-il conjecturer sur ce qu'est une couleur avant qu'on ne lui rende la vue. Doit-il l'imaginer, essayer la colorier, en parler à ses amis, mélanger des pigments ??? Très bien tout ça, et ça stimulera l'envie de connaître ce qui est très bien sans doute, mais tant qu'il ne voit pas...

Maintenant dans notre petite peau crasseuse, on peu faire du non agir, du chamanisme, aller voir un psy ou faire de l'évolutiono-théoso-developo-interieuro-debilo pour avoir l'impression d'être en pleine maîtrise de sa croûte, d'en écrire des livres, rouler des yeux et faire payer des séminaires 300€ la journée ou la vidéo... mais c'est encore pire... Si on se sent bien dans sa peau de bête = ENFER sans passer par la case départ et sans toucher le jackpot - il vaut mieux se prendre des coups et sentir le caca, ça donnera envie de ne pas trop s'accrocher à ce monde... Cattiaux avait préconisé à qqun de mettre un peu de crotte dans une boîte d'allumette qu'on garderait sur nous, qu'on ouvrirait de temps en temps pour nous rappeler ce que nous sommes ici-bas !!! (Eviter de faire faire ça à un neurasthénique tout de même)... A bon entendeur - SALUT

Par contre, on a intérêt à faire ce qu'il faut pour être croyants, le rester ou de le devenir, sinon je crois qu'on est foutus !

Je pense également que, comme le dit bien PANTOUT, il faut PARFOIS ne rien faire... aussi cela dépend un peu de chacun et je suppose qu'il n'y a pas de règle générale. Certains feraient bien de se bouger un peu le cul (j'entends le sacrum évidemment) pour être plus chauds, plutôt que morveux tièdes spectateurs timorés, alors que d'autres feraient bien de se détendre un peu.... Certains intellectuels devraient faire taire leur petits raisonnements pour sentir, alors que d'autres feraient mieux de réfléchir un peu plus... Certains croyants devraient croire un peu moins et essayer de comprendre qu'il existe une connaissance, d'autres devraient apprendre que le savoir n'est rien sans l'expérience.

Ainsi, il est beaucoup plus sûr de se laisser guider comme le dirait tonton Tao ... laisse venir ce qui vient, laisse partir ce qui part et observe, avec un peu de flair en espérant que le Seigneur ne nous laisse pas trop longtemps dans la mouise ! Finalement, on sent bien quand on "fait ce qu'il faut" pour not' bon Seigneur, non ?

Le plus drôle dans tout ça, c'est qu'il parait que ça nous pend au nez et comme le dirait un autre tonton : toute chose est simple à celui qui sait comment les faire (ou un truc comme ça).

Maintenant, et pour me tirer un balle dans le pied et relancer le débat : J'ai entendu dire que la seule chose que nous pouvons faire et que nous devons fabriquer en réalité est un aimant pour attirer ce qui est en haut afin de conjoindre le ciel et la terre !

Une autre question assez amusante serait de savoir ce qu'on doit faire UNE FOIS QUE LE DON NOUS EST DONNÉ, ce qu'il faut faire quand on a reçu la foi, ou bien quand on est saint, ou sage, ou prophète !

Bref, tout ça ne nous rendra pas le Congo et le serpent, encore une fois, se mange la queue !
Ce sont bel et bien des réflexions d'un homme bien déchu qui vous salue bien bas -

Peace et pantoufles !

Le Fou du Roi

LC, MR 1, 1'

Quelle que soit la chose que nous avons décidé de faire, persévérons jusqu'à ce que l'absurde ou la lumière de Dieu nous délivre et nous rende libres dans l'acte et dans le repos.
La vérité qui sépare et qui unit. Uns deux.
Un et rien de plus.

Dernière édition: par Le Fou du Roi.
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  • Pantout
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#170

Cher ibn al-3adam, vous avez parfaitement bien résumé la situation. Sans l'enseignement des maîtres de l'Écriture, nous n'aurions que très peu de chances d'arriver à prier comme il faut. Cela rappelle l'utilité des religions. Je suis, comme vous, convaincu que les Chrétiens ont à réciter cette admirable prière du "Notre Père", qui, en latin, contient exactement 50 mots (ce qui rappelle le jubilé (après 7x7 ans).
Mais un jour, la parole spontanée de la prière jaillira peut-être spontanément de nous-mêmes. À ce moment-là, il y aura "un nouveau ciel et une nouvelle terre". C'est ce que les Hébreux appellent les "Hidouchéi Torah", les renouvellements de la Torah.
Je crois aussi que nous pouvons naturellement prier très simplement en parlant à Dieu comme on demande une tasse de café à son hôtesse etc. Et Dieu entend très souvent ce type de prières très maladroites mais simples. Et il les exauce.
Une fois de plus, ce merveilleux ami qu'est le Message Retrouvé de Louis Cattiaux, que le monde connaît grâce au grand philosophe belge Emmanuel d'Hooghvorst qui l'a découvert, nous donne sur le sujet de précieux renseignements:

XII, 57’. Il vaut mieux bégayer le Nom de Dieu dans notre cœur plutôt que le nommer savamment par les lèvres des autres.

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#188

Cher Fou du Roi, cher Pantout, chers amis,

je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul à sentir toute l’importance et la difficulté subtile de cette question …

Á vous lire, il me semble que nous sommes tous d’accord sur le fait que le danger et l’illusion sont les mêmes de part et d’autre : quelque soit le chemin que l’on emprunte, nous risquons à tout moment de prendre notre propre connaissance de la route pour la véritable Voie, et de croire bien sottement que les pas que nous faisons ou choisissons de ne pas faire nous mènent à la félicité. Or, comme nous l’enseigne le Dao « La voie qui peut s’énoncer n’est pas la Voie pour toujours. Le nom qui peut la nommer n’est pas le Nom pour toujours ». Les Soufis disent que la Voie est unique (parce qu’il ne peut y avoir qu’une seule véritable orientation, un seul but véritable) mais qu’il y a autant de chemins que de cheminants …

« On ne se soulève pas en se tirant par les cheveux » disent les sages du Dao, lorsqu’ils parlent de la nécessité de se déposséder de notre illusion de cheminer par nous-même grâce au rattachement à un maître, qui soit capable de nous soulever par les poils. Le tout est donc d’avoir véritablement conscience de notre indigence et de notre pauvreté spirituelle, tandis que l’énorme danger est justement d’avoir confiance en notre propre connaissance de cette indigence ! Je ne peux qu’abonder dans le sens du Fou du Roi lorsqu’il nous dit que l’essentiel est de « prier pour avoir conscience de notre état déchu », car comment pourrions nous savoir par nous même ce qu’est réellement cette déchéance ? Connaître véritablement la déchéance ne nécessiterait pas forcément de connaître la Félicité ?

Dans ce sens, ne s’illusionnerait-on pas tout autant en refusant toute pratique et tout sacrifice qu’en croyant que notre pratique ou que nos sacrifices nous rapprochent de la Vérité ?
Est-ce que le retrait « pantouflard » et confortable que vous décrivez n’est pas un moyen tout aussi efficace de « se sentir bien dans sa peau de bête » que les stages de méditation par la danse du nombril astral sous l’égide du jaguar cosmique du shakra ultra-violet ?
Ou en d’autres mots, est-ce que considérer qu’il s’agit de ne pas se mettre en chemin pour ne pas s’illusionner soi-même sur la nature de la Voie et l’efficience de nos pas ne serait pas également le meilleur moyen de croire que nous cheminons, ou pire : que nous sommes « arrivés » grâce à l’inaction ?

Qu’on soit curé de campagne, Bouddhiste, Soufi, matérialiste athée ou « jeune cool intello » comme nous, le danger et l’auto-illusion sont partout les mêmes : croire que nous avons « compris l’astuce » et que les autres sont égarés et perdent leur temps …

Comme le Fou du Roi le dit, je reste persuadé qu’il s’agit bien de « faire ce qu'il faut pour être croyants, le rester ou de le devenir », et ne surtout pas croire que notre croyance est la bonne ou même qu’elle soit plus juste qu’une autre parce qu’on la relativise et qu’on feint de ne pas s’y accrocher ! On en revient donc à cet Ouroboros « existentiel » qu’il décrit très bien.

Mais ne devrait on pas retourner à Dieu et à Sa Parole pour nous extraire de cette impasse ?
Dieu ne nous a-t-Il pas justement envoyé Ses prophètes (aS), par Sa Grâce et Sa Générosité, pour nous servir de balises et de phares indiquant l’orientation de la Voie dans la nuit de notre déchéance ?

Dans ce sens, je n’oserais pas dire qu’accomplir les rites et recevoir l’initiation transmise par la Tradition « ne sert à rien ». Au contraire, je dirais que l’Eucharistie transmise par le Christ ou que la prière cosmique transmise par Muḥammad sont peut-être les seules choses vraiment « utiles » auxquelles nous avons accès. Pour reprendre l’image de la connaissance de la couleur utilisée par le Fou du Roi, il me semble justement que les Écritures et les rites qui nous ont été gracieusement transmis n’ont pas pour but de digresser sur la quantité de magenta dans tel pigment d’origine céleste, mais plutôt de nous apprendre simplement à ouvrir les yeux. Leur but ne serait pas de savoir ce qu’est une couleur, mais de nous sortir de notre aveuglement. On pourrait dire que ce ne sont pas des traités sur la couleur, mais plutôt des médicaments actifs de chromatothérapie contre notre cécité déchue ! Comme dans la petite histoire sur le Coran citée plus haut, la compréhension spéculative des Écritures n’est-elle pas un « appât » que Dieu a disposé pour nous dans Sa Bonté, afin que nous puissions bénéficier de Sa Connaissance sans la gâcher par notre ré-appropriation illusoire ?

Dans le même sens, ne pourrait-on pas considérer que la meilleure façon de « prendre des coups et sentir le caca » serait de se déposséder de soi-même en appliquant les rites par renoncement de notre volonté propre au profit de ce qui nous semble le moins absurde et le moins vain : l’héritage de la Tradition ? On rigole souvent avec un ami en se disant : « qu’y a-t-il de plus subversif et de plus absurde aujourd’hui qu’être un musulman sunnite de base ? » N’est-ce pas en effet plus avilissant, pour notre petite illusion de croyance, d’aller prier dans une mosquée qui sent les pieds à côté de la Gare du midi, ou dans une église remplie de mémés laquées, plutôt que de rester chez soi à lire nos beaux et profonds ouvrages ?

Il me semble également que tout se résume très bien comme le dit le Fou du Roi : « la seule chose que nous pouvons faire et que nous devons fabriquer en réalité est un aimant pour attirer ce qui est en haut afin de conjoindre le ciel et la terre ». En effet, la Grâce de Dieu ne tombe-t-elle en permanence comme une pluie abondante, alors que nous ne savons la recueillir ? Ne s’agit-il pas de faire de nous une « terre noire », c’est à dire une terre déjà humide et prête à recevoir cette Eau céleste, qui ne soit ni trop sèche — par faute d’aspiration et par insouciance, ni trop boueuse ou trop chargée de pierres — par faute de vaines certitudes et d’habitudes stériles, car dans ces deux cas, l’Eau ruissellerait dessus sans y pénétrer ?

Comme le dit Pantout, nous sommes en droit d’espérer que « un jour, la parole spontanée de la prière jaillira peut-être spontanément de nous-mêmes ». Et il semble certain que Dieu entend et exauce toute prière sincère et entière, comme la prière d’un enfant. Mais sommes nous capable de cette sincérité enfantine justement ? La grande sainte Râbi‘a al-Adawiyya (m. 801) avait l’habitude de faire cette demande : « je te demande pardon Seigneur pour le manque de sincérité de ma demande de pardon » ! N’est-ce pas une magnifique illustration de cet Ouroboros dont nous parlons ?

On raconte également qu’un beau jour, un groupe de savants religieux passait à côté d’un champ lorsqu’ils virent un paysan qui priait n’importe comment. Il allèrent le voir et lui expliquèrent que Dieu n’entendrait pas sa prière s’il ne l’accomplissait pas exactement comme nous l’avait transmis le Prophète (sA). Il lui montrèrent chaque geste précisément et l’homme fut ravis et ému de cet enseignement. Les savants continuèrent leur route et prirent une barque pour traverser le fleuve. Alors qu’ils étaient à mi-chemin de l’autre rive, ils virent le paysan arriver en courant, tout affolé et criant : « Messieurs ! Messieurs ! Je ne me rappelle plus de ce que je dois dire lorsque je me relève de la première prosternation … » Lorsque les savants virent que l’homme courait sur les eaux du fleuve pour les rattraper, ils furent pris d’effroi et lui dirent : « Retourne-t-en ! Et surtout pries comme tu as toujours prié ! »

En ce qui me concerne, je me sens bien loin de cette pureté d’intention. C’est là sans doute l’un des indices les plus tangibles de ma déchéance …

Enfin, pour ne pas vous avoir fait complètement perdre votre temps à lire mes pauvres divagations, et pour bénéficier de l’enseignement de quelqu’un qui parle autrement qu’en vaines spéculations, je voulais partager avec vous cet extrait de la correspondance du Shaykh al-Darqâwî (m. 1823), qui m’a semblé magnifiquement éclairer notre échange :

L’un de nos frères me dit : « je ne suis rien » ; je lui répondis: « ne dis pas : je ne suis rien, et ne dis pas non plus : je suis quelque chose. Ne dis pas : il me faut telle chose, ni : il ne me faut aucune chose, mais dis : Allâh ! et tu verras une merveille »

Un autre me dit : « Comment guérir l’âme ? » Je lui répondis : « Oublie la et n’y pense guère; car ne se souvient pas de Dieu qui n’oublie pas son âme [ou : qui ne s’oublie pas lui-même] ».
Vous ne pouvez donc pas concevoir que c’est l’existence du monde qui nous fait oublier notre Seigneur; ce qui nous Le fait oublier, c’est l’existence de nous-mêmes, de notre égo.
Rien d’autre nous Le voile que le fait de nous occuper, non de l’existence comme telle mais de nos désirs.
Si nous pouvions oublier notre propre existence, nous trouverions Celui qui est l’origine de toute existence, et nous verrions en même temps que nous n’existons pas du tout.
Comment pouvez-vous concevoir que l’homme puisse perdre la conscience du monde sans perdre celle de son égo ? Cela ne se produira jamais.


Que Dieu vous bénisse et qu’Il vous illumine de Sa Science !

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#369

Je crois qu'on peut prier Dieu avec une intimité journalière, quand on en a envie. Comme de toute façon nous sommes indignes, ça ne sert à rien d'essayer un protocole que nous ne connaissons pas. Cette prière spontanée, liée à l'étude passionnée des écrits sacrés, est plus que suffisant pour attirer à nous la fameuse visite...

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#371

Cher Pantout,

Merci pour votre réponse.

Il semble bien que la pure sincérité soit la clé pour nous libérer de l'illusion qui nous empêche d'accueillir la Grâce toujours abondante.

Mais comment faire lorsqu'on est conscient d'être bien loin de cette sincérité, au cœur même de nos prières qui — pour ma part du moins — sont toujours emplies d'attentes mondaines et de de crasses psychiques ?
Et que faire des "protocoles" que nous ont légué les Prophètes et les Sages ? N'était-ce là que de vaines gesticulations pour les plus bruts d'entre-nous, tandis que les Écritures étaient le véritable cœur de leur saint Héritage ? La seule fonction de leur transmission serait d'occuper ceux qui sont en manque de règles pour ne pas qu'ils dérangent les plus hardis dans leur découverte de la Parole ?

Ces deux aspects ne seraient-ils pas plutôt absolument indissociables, puisqu'étant chacun la clé l'un de l'autre : l'Écriture décelant la clé symbolique du véritable sens des protocoles, et ces protocoles réalisant la transformation intérieure et la "mise en condition" nécessaire pour parvenir au sens véritable des Écritures ?

C'est du moins ce que je crois et ce que semblent avoir indiqué de nombreux Sages de toutes les traditions...

Que Dieu vous bénisse et vous guide vers Lui !

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#527

Je ne sais pas ! Mais en tout cas, je suis super bien dans mes pantoufles...
Allez ... au boulot !

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#609

Voici un passage tiré du De Anima du pseudo-Avicenne (dictio 8, cap. 17). C'est une réponse comme une autre, donnée à la question du “quoi faire?”

Que Dieu te fasse du bien. Moi, tout ce que j’ai vu, je l’ai appris en lisant fréquemment, en dormant peu, en mangeant peu et en buvant moins encore. Et toute l’huile que mes amis ont dépensée en lumière pour boire du vin la nuit, moi je l’ai dépensée pour veiller et lire la nuit, et tout ce qu’ils dépensaient en nourriture, moi j’ai dépensé encore plus en lumière pour veiller et apprendre la nuit. Et si je n’avais pas fait cela, je ne connaîtrais pas le magistère.

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#646

MESSAGE DE MODÉRATION : Cher Ibn-al-3adam, nous nous sommes permis de déplacer votre réponse dans cette catégorie afin de ne pas encombrer le post "sacrum et résurrection", pensant qu'il serait plus à sa place ici. Merci pour votre compréhension.


Cher Pantout,

J’ai choisi de répondre dans un autre message à ce que vous nous avez dit ci-dessus à propos du lien entre le Luz/Lubb et les rites. Cela me semblait plus simple, car bien que les deux sujets soient sans aucun doute connectés, ils ont néanmoins des implications fort différentes, à mon humble avis.

Pantout a écrit :

« Les os à Dieu, et la chair au démon.
La plupart des rites et postures, qui peuvent nous aider dans notre quête, ne sont néanmoins que des commandements qui s'adressent à la chair. François de Foix, dans son Pimandre, dit que Dieu méprise ou se moque des postures.
Le jour où notre LUZ sera réveillée, nous vivrons dans une telle intimité avec Dieu, que nous ne ferons probablement plus attention non plus à toutes ces "singeries". Que mes frères, les autres singes, me pardonnent si ces propos les choquent. Mais je sais que Dieu préfère ceux qui lui parlent dans leur lit sans trop faire attention à leur pose, à ceux qui raffolent des cérémonies.
C'est peut-être parce qu'alors, on ressemble plus à un vase brisé… ».


Nous avons vu, au travers de tous les extraits cités et de tous les commentaires passionnants qui ont été postés dans cette rubrique, que les os semblaient receler en eux — notamment danse le Sacrum qui contient ce Luz/Lubb — la part divine qui permettra notre renaissance. De cette façon, la chair qui recouvre ce réceptacle béni apparaît de manière évidente comme un voile de ténèbres, nous maintenant constamment à distance de cette Lumière divine, alors que, comme l’affirme le Coran, Dieu est « plus proche de lui [l'homme] que sa veine jugulaire » (Cor. 50:16).

Il est dès lors évident que notre âme charnelle est liée à ces voiles corporels et ténébreux, par un lien que seule la force de la Grâce, opérant à partir de ce noyau de Lumière qui réside dans le cœur de nos os, peut défaire. Ainsi, tant que la Lumière divine n’a pas déchiré nos voiles charnels, nous sommes condamnés à vivre notre condition de mélange en veillant à ne pas trop nous laisser berner par l’illusion de la chair.

En ce sens, je vous rejoins donc tout à fait sur le fait que « La plupart des rites et postures, qui peuvent nous aider dans notre quête, ne sont néanmoins que des commandements qui s'adressent à la chair ». Mais est-ce à dire qu’il sont pour autant vains et méprisables ? Dénigrer les rites qui nous ont été transmis par les révélations ne reviendrait-il pas à « scier la branche sur laquelle nous sommes assis » ?

Loin de moi la prétention de corriger François de Foix, mais que doit-on comprendre au juste de son affirmation ? Peut-on considérer que les rites et les techniques que nous ont transmis les sages, les saints et les prophètes ne sont en définitive que de la gymnastique sans intérêt ? N’ont il pas reçu cela par une révélation de l’Esprit, afin que ces rites deviennent, pour les chercheurs sincères, un moyen certain et éprouvé d’accéder à leur Seigneur ?

Si l’on considère les langues : peut-on légitimement affirmer que la grammaire et l’étymologie sont des savoirs inutiles au véritable langage, et que seul compte le fait de communiquer des concepts, sans s'ennuyer avec la forme apparente de la langue ? Ne risque-ton pas de faire advenir de cette façon le règne du langage sms, et de perdre à terme les moyens de communiquer les nuances nécessaires à l’évocation de réalités qui dépassent celles qui sont évocables par le clavardage ?

Je conçois tout à fait qu’on considère que : « Le jour où notre LUZ sera réveillée, nous vivrons dans une telle intimité avec Dieu, que nous ne ferons probablement plus attention non plus à toutes ces "singeries” ». Mais en attendant ce jour béni ? Doit-on se considérer déjà comme des êtres libérés de nos voiles de chair ? Ne risque-t-on pas ici de tomber dans l’erreur décrite par l’adage : « Qui fait l’ange fait la bête » ?

C’est justement parce que je me considère comme un singe que je me permets d’émettre des doutes sur le fait de dénigrer ce qui, si l’on fait confiance à l’héritage des traditions, reste le seul moyen véritablement éprouvé d’accéder au Mystère : l’étude et la pratique d’une Science sacrée, telle que transmise par un véritable connaissant-héritier.

Selon ma compréhension voilée, ces rites sont justement le meilleur moyen de devenir véritablement un « vase brisé », parce qu’ils nous permettent d’agir par autre chose que par notre volonté et notre compréhension mélangée, en accomplissant des actes dont la véritable portée nous dépasse complètement… Y a t il un meilleur moyen pour le chercheur sincère de parler la langue de Dieu que de réciter Sa Révélation ? Y a t il un meilleur moyen de faire Sa Volonté que d’accomplir des actes prescrits par l’Esprit aux prophètes, tels qu’ils nous ont été transmis par les sages et les saints ?

Je vous rejoins complètement sur la nécessité d’une sincérité complète et véritable, mais peut-on évaluer la sincérité d’un chercheur au simple fait qu’il préfère rester dans son lit, plutôt que de veiller la nuit en prières et en rites ? Ne revient-il pas uniquement au chercheur qui choisit la voie des rites, et au Seigneur qu’il loue, d’évaluer la sincérité de sa dévotion ? Ainsi, celui qui veillerait absolument à « ne rien faire » ne porterait-il pas justement trop d’attention sur ses propres actes, et ne risquerait-il pas de tomber dans la même erreur de complaisance et d’auto-satisfaction que vous décrivez ?

Les cheminants de la Voie soufie considèrent par exemple que la sincérité véritable est inatteignable par celui qui se dépêtre dans le mélange. Que seul l’invocation constante de Dieu permet au chercheur de se défaire du voile de ses intentions, afin de ne laisser advenir en lui qu’un appel désespéré de la Présence du Seigneur.

Quoi qu’il en soit, nous sommes bien frères en singerie, comme vous le dîtes si bien.
Et à ce titre, il ne nous reste plus qu’à prier de tout cœur pour que Dieu pardonne nos vaines spéculations à son sujet, et qu’Il nous rapproche de Lui par le chemin qu’Il aura voulu…
Qu’on choisisse la voie de la dévotion ou la voie de la couette, l’important est la Foi et l’Espérance communes qui nous rassemble dans la Quête du Très-Haut !!

Je salue tous les chercheurs d’un cœur fraternel !
Que la Paix soit sur vous…

Dernière édition: par arca.
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#668

Merci Athanase Lynxe !
Autre passage qui est peut-être lié, tiré des Météores de Paracelse (Ed. Beya, 2016, p. 36) :

"Seul l'homme se repose la nuit et le sabbat en raison du précepte de Dieu. Toutefois, ce n'est pas à l'esprit que le repos sabbatique a été imposé, mais au seul corps de l'homme comme à celui des autres animaux qui sont ses auxiliaires. L'esprit, lui, a toujours été mis à un labeur continu, de façon à ce que ni la nuit ni le sabbat ne le retienne en repos (note : L'homme moderne semble avoir une conception du repos dominical très différente et même opposée à celle de Paracelse)"

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#692

Les hommes "de l'extérieur" attribuent souvent aux Soufis la prétention de pouvoir atteindre Dieu par le seul moyen de leur volonté ; en vérité, c'est précisément l'homme orienté sur l'action et le mérite, donc l'exotériste, qui a le plus souvent la tendance de considérer tout sous le rapport de l'effort volontaire, d'où son incompréhension du point de vue purement contemplatif qui envisage la voie avant tout sous le rapport de la connaissance. En effet, dans l'ordre principiel, la volonté dépend de la connaissance et non inversement celle-ci étant de par sa nature "impersonnelle"; bien que son épanouissement, à partir du symbolisme transmis par l'enseignement traditionnel, comporte un ordre logique, elle n'en est pas moins un don divin que l'homme ne saurait s'arroger de sa propre initiative.

Si lon tient compte de cela, on comprendra mieux encore que nous disions plus haut de la nature des moyens spirituels proprement "initiatiques", moyens qui sont comme la préfiguration du but non -humain de la voie : alors que tout effort humain et volontaire pour dépasser les limites de l'individualité doit fatalement retomber sur lui-même, seuls les moyens qui sont pour ainsi dire de la même nature que la Vérité supra-individuelle (al-Haqïqah) qu'ils évoquent et qu'ils préfigurent, peuvent dissoudre le noeud de l'individuation microcosmique ou de l'illusion égocentrique, selon la perspective védântique -, car il n'y a que la Vérité, dans sa réalité universelle et supra-mentale, qui consume son contraire sans en laisser de résidu. En comparaison avec cette négation radicale du "moi" (nafs), tout moyen purement volontaire, tel que l'ascèse (az-zuhd) par exemple, n'aura qu'un rôle préparatoire et auxilière ; et c'est pour cette raison, ajouterons-nous, que ces moyens n'acquièrent jamais dans le Soufisme l'importance quasi absolue qu'ils ont eue chez certains religieux, quelle que soit en fait leur rigueur dans telle ou telle tarîqa.

Titus Burckhardt "Introduction aux doctrines ésotériques de l'Islam"

Dernière édition: par Le Fou du Roi.
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#693

Bonjour ibn al-3adam, bonjour à tous,

Pour en revenir à :

ibn al-3adam écrit:
En ce sens, je vous rejoins donc tout à fait sur le fait que « La plupart des rites et postures, qui peuvent nous aider dans notre quête, ne sont néanmoins que des commandements qui s'adressent à la chair ». Mais est-ce à dire qu’il sont pour autant vains et méprisables ? Dénigrer les rites qui nous ont été transmis par les révélations ne reviendrait-il pas à « scier la branche sur laquelle nous sommes assis » ?

Loin de moi la prétention de corriger François de Foix, mais que doit-on comprendre au juste de son affirmation ? Peut-on considérer que les rites et les techniques que nous ont transmis les sages, les saints et les prophètes ne sont en définitive que de la gymnastique sans intérêt ? N’ont il pas reçu cela par une révélation de l’Esprit, afin que ces rites deviennent, pour les chercheurs sincères, un moyen certain et éprouvé d’accéder à leur Seigneur ?


Je pense réellement qu'il faut se fier à ceux qui nous ont précédés et qui ont physiquement possédé la chose et il semblerait effectivement que ceux-là, ceux qui "voient", nous enseignent que les rites sont l'image d'une chose, qui une fois reçue annule la nécessité de ces rites (si j'ai bien compris).

Je rejoins d'ailleurs le dernier message du fou du roi et retrouve dans mes notes du même livre de Burckhardt (et si j'ai bien compris)

Il est vrai qu'il existe, en Orient aussi bien qu'en Occident, des cas limites, comme celui de majdhûb, par exemple, chez lequel l'attraction divine (al-jadhb) prédomine au point d'invalider ses facultés mentales ; un majdhûb ne sera pas capable de formuler doctrinalement son état contemplatif ; il arrive aussi, exceptionnellement, qu'une réalisation spirituelle se produise presque sans l'appui d'une méthode régulière, car l'"Esprit souffle où il veut" [...]


J'irais même plus loin, en disant que cette "réalisation spirituelle" ne se fait jamais par une méthode... mais le fait de pratiquer n'empêche pas (mais pourrait si on s'y accroche trop) de recevoir...et cela rejoint le passage cité par le Fou du Roi qui est très clair et instructif à ce propos... Et pour aller plus loin encore, je pourrais dire que la réalisation spirituelle pourrait éventuellement se faire en parallèle des rites et postures, mais la réalisation spirituelle (qui fait les saints) c'est une chose, encore faut-il "revenir" vers la réalisation matérielle (qui fait les sages et les prophètes) !!!

Je ne pense par contre certainement pas qu'il faille méprises ces rites et postures, bien au contraire ! Si à l'origine d'une religion, un sage "réinvente" ou réadapte des rites en fonction de son époque, de la grammaire et des moeurs de ses contemporains... il le fait en sachant que les hommes, déchus, ont besoin d'être en quelque sorte canalisés et qu'il faut leur rappeler qu'il y a quelque mystère à trouver dans leur existence (et c'est déjà vital si je peux me permettre). Il est clair qu'il est préférable de prier plusieurs fois par jour, plutôt que de jouer à la playstation. Mais l'hostie qu'on prend à la messe ne donne pas la bénédiction ! Sinon en image seulement malheureusement... sinon, nous serions entourés d'adeptes. Ce qui n'est pas vraiment le cas...Mais voilà, allez dire cela à un catholique de stricte observance, il vous jettera de l'eau bénite rien qu'à l'écoute du mot "gnose" qui se trouve 29 fois dans le NT qu'il révère..Allez savoir pourquoi !!!

Ces rites ou ces postures poussent la chenille à se rappeler que Dieu veut qu'il devienne papillon, ces rites font que la chenille a la "nostalgie" de sa vie de papillon. Et c'est grâce aux rites que, bien souvent, les croyants croient et qu'on leur rappelle qu'il y a un mystère ! Grâce à ces rites, les croyants passeront sans doute le jugement avec plus de facilité qu'un athée qui ne s'occupe que d'argent ici bas (il risque d'être surpris le jour de sa mort). Il est clair néanmoins que le fait de lire les textes sacrés et s'adonner à la quête aimante quelque chose. Nous fait aimer Dieu et ses mystères et donne envie à certains d'être candidats. Je crois aussi me souvenir par ailleurs que Cattiaux disait qu'il fallait harceler Dieu en lui demandant la chose sans relâche afin qu'il en ait tellement marre de notre requête, qu'il finisse par nous donner ce que nous demandons.

Alors peut-être que dans ce cadre, on peut comprendre que cela "sert" à quelque chose, mais en définitive, c'est Dieu qui décide ou non de nous bénir. Et d'ailleurs, et pour caricaturer, je suppose que de nombreux hommes ont respecté ces rites de la manière la plus assidue et stricte possible, de manière sans doute extrême parfois... pourtant je crois pouvoir affirmer que la plupart de ceux-là n'ont rien reçu du tout... Ils sont peut-être devenus très pieux, très à même de comprendre le monde qui les entoure, de comprendre et réellement sentir le manque de Dieu, de rejeter même tout ce qui n'est pas de Dieu, peut-être même sont-ils morts en odeur de sainteté... Mais combien d'entre ceux-là seront vraiment devenus papillons ici-bas ?

Dernière édition: par arca.
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#694

À mon sens, Arca vient de résumer magnifiquement la question. Certes, les rites sont nécessaires à Esaü, lui par lequel doit passer tout ce qui va vers Jacob, car Esaü est l'aîné. Ces rites sont admirables, et ils ne deviennent inutiles que quand le "supplanteur" (Jacob vient de AQAV, la plante des pieds) a acquis le droit d'aînesse ou bénédiction. En ce sens-là, Ibn al 3adam a tout à fait raison de comparer ces rites à l'apprentissage de l'écriture. On n'imagine pas quelqu'un lisant le sens d'un texte sans avoir subi la discipline de l'école. Certains prophètes ont aussi eu la mission sociale de mettre un peu d'ordre dans le comportement décadent de leur époque, et j'irai même jusqu'à dire que les représentants pharisiens des religions eux aussi, en proposant au peuple le chapelet et le silence aux vêpres, ont fait beaucoup mieux que les gurus actuels qui, à la place, proposent et intoxiquent le monde avec M. Jackson, la drogue et le mariage pour tous...
Maintenant, la question est de répondre personnellement à ces injonctions religieuses. Je reste convaincu que les vieilles bigotes médisantes des villages péchaient moins pendant la demi-heure du chapelet (encore que je me souviens très bien que leurs yeux, pendant qu'elles le récitaient, indiquaient très clairement : "la gabardine orange de Germaine est trop voyante. Ce n'est certainement pas une fille sérieuse, et comment peut-elle venir à l'église avec des couleurs aussi affriolantes ! ") que moi qui étais distrait par elles (et aussi par Germaine, qui pourtant n'était même pas sexy !).
Mais voilà: le chapelet est-il nécessaire à tous ? On a même façonné des milliers de statues de la Vierge récitant son chapelet. C'est le comble ! L'Ange, d'accord, mais pas elle tout de même !

Bref, sans le doré, jamais nous ne saurions que l'or secret existe. Merci donc à tous ceux qui se sont dévoués pour laisser, dans la chair du peuple, tant de marques, tant de rites, tant de comportements contenant en image l'enseignement sacré et secret que Dieu réserve à ses enfants.
Heureusement aussi, les prophètes reviennent à certains intervalles pour soulager les croyants de pratiques vraiment trop pénibles et devenues illisibles. Mais cela ne se fait pas toujours sans heurts. Beaucoup de Juifs ou de Chrétiens suivant la nouvelle voie du prophète Mahomet ont certainement scandalisé leurs coréligionnaires. Jésus aussi choquait. Cattiaux aussi choquera, surtout au moment où on se rendra compte qu'il résumait tous les précédents. Il choquera surtout ceux qui, comme le dit le koran : "mettent de la différence entre les envoyés de Dieu, niant la mission de l'un tout en reconnaissant la mission de l'autre, en se faisant une religion arbitraire".
Bref, comme dit le MR, pratiquons notre religion, celle de notre naissance ou de notre choix ! Approfondissons-la jusqu'au jour où Dieu nous délivrera de tout travail servile ! Mais pratiquons aussi, dès ici-bas, le pyjama ! C'est un commandement nouveau, à expérimenter, absolument. Et un peu de sérieux, s'il-vous-plaît ! Ne riez pas des commandements ! La question se posera peut-être un jour de savoir si ce pyjama peut être orange comme la gabardine de Germaine, ou non. j'espère que cela ne déclenchera pas un concile ...

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#695

Pantout écrit: La question se posera peut-être un jour de savoir si ce pyjama peut être orange comme la gabardine de Germaine, ou non. J'espère que cela ne déclenchera pas un concile...


Sans doute que si, mais à la fin, le Concile Gabardine II annulera cette couleur au profit de toutes les autres: ce sera le début de la fin du rite pyjamiste, et il faudra trouver autre chose pour le peuple...

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#697

Quel passionnant débat...

Sur les Rites, on lit chez Philalèthe (œuvres complètes p. 162) :

"Les apôtres instaurèrent et laissèrent derrière eux quelques éléments comme l'eau, l'huile, le sel, et les lumières, par lesquels ils nous signalèrent quelques grands et vénérables mystères. Néanmoins, les réformateurs, prenant ces choses pour des superstitions, les éliminèrent. En réalité, ce fut une erreur, car si l'ombre de saint Pierre guérissait, comme l'ombre du Christ n'aurait-elle fait davantage ? D'autre part, les papistes, ignorant le sens de ces symboles leur attribuèrent une certaine sainteté inhérente et tombèrent ainsi dans une très dangereuse idolâtrie."

Un commentaire de EH confirme ce que dit Pantout : "Si la bête se satisfait des rites, le Seigneur pas". Il veut que nous allions audacieusement vers lui (comme dit un verset du MR), et même maladroitement, comme lorsque nous devons approcher un personnage haut placé.

Sur le Que faire et ne pas faire ?

Khunrath, Amphithéâtre, p. 31) :

"Achète la vérité : donne ton temps et tes œuvres, afin que recevant la volonté du Seigneur, tu te pourvoies de la Vérité.(...) Et comment s'achète la vérité ? Nullement certes par l'argent, mais par l'investigation pieuse, les prières assidues et les travaux infatigables dans l'Oratoire et le Laboratoire".

Alors que faire ? Je me souviens avoir lu que EH précisait que le conseil de ne rien faire du tout s'adressait à celui qui avait déjà trouvé. Bien sûr que nous devons chercher, mais comme l'a dit Arca ou un autre : cela ne sert à rien, ET le Seigneur l'exige...

Le Message Retrouvé, XIV 41' dit :

"C’est par l’étude assidue des livres sacrés que la grâce et que l’amour du Seigneur sont éveillés en nous".

EH en a donné le commentaire suivant :

" L'étude des Ecritures est le seul moyen de réformer, restaurer et réorienter notre imagination. Si nous imaginons, nous créons, nous réalisons, c'est très dangereux. Si notre imagination est réorientée, elle attire la re-création. C'est un grand secret, il n'y a rien que nous fassions qui n'ait été imaginé. Nous sommes mal créés, nous ne pouvons imaginer bien, il faut donc réorienter notre imagination. On ne peut supprimer la folle du logis, il faut la réorienter. L'imagination est soumise au mauvais penchant; seul, on ne peut en sortir, il faut étudier les Ecritures, les Révélations des Prophètes. L'imagination est un outil qui nous ramène à Dieu si on la manie bien."

EH a dit, lors d'un cours d'hébreu :

"Si nous ne faisons pas chabbat, nous ne trouverons jamais ce que nous cherchons. C'est dans cette détente que Dieu se manifeste, lorsque l'homme est exténué par sa recherche."

Aaahhhh.... "exténué par sa recherche" !!!!

Et ceci, toujours de EH :

" La première condition, c'est le calme. Voilà pourquoi il faut se ménager un endroit où trouver cette quiétude. La seconde condition est de méditer sur la parole de Dieu, car on ne peut pas méditer sur rien."

En conclusion : Rester uniquement en pyjama et pantoufles ne suffit pas, mais créent déjà les conditions parfaites pour obtenir le calme ! Le problème, c'est que lorsque je pratique ce rite agréable du pyjama, mon esprit vagabonde tout de même ! Par contre, quand j'y ajoute les Ecritures Saintes, ma folle du logis s'oriente mieux et les prières spontanées jaillissent plus aisément. La recette ne semble donc pas si compliquée...

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