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  • Sébastien Moureau | Le De anima alchimique du pseudo-Avicenne | Sismel - Edizioni del Galluzo, 2016
Écrit par : Karl D'Eckhartshausen
Titre :  La Nuée sur le Sanctuaire 
Date de parution : 1965
Éditeur : Psyché

 

D’Eckhartshausen, La nuée sur le Sanctuaire, Paris, Psyché, 1965.

Pendant que les trônes et les autels vacillaient, aux premiers souffles de la Révolution française, trois hommes au moins, l'un en France, Louis Claude de Saint-Martin, le second en Allemagne, d'Eckhartshausen, le troisième en Russie, Lopoukhine disaient à ceux qui voulaient bien les entendre qu'il existait une force et une référence immuable : l'Église intérieure. Ils ne s'étaient guère concertés. La similitude de leurs appels n'en est que plus frappante. Ils n'avaient pas non plus totalement révélé : on trouverait dans d'autres auteurs plus anciens par exemple dans Jacob Boehme la même annonce, autrement dite. [...]

L'idée générale optimiste de d'Eckhartshausen est celle-ci : l'homme est "déchu" parce qu'il habite une zone intermédiaire entre la Lumière et l'ombre, zone voulue par le Ciel. Il peut se régénérer, retrouver sa royauté, ses pouvoirs, son caractère sacré. Le Maître de cette oeuvre en nous, c'est Jésus-Christ, s'appuyant sur cette Église intérieure dans laquelle on Le sert en Esprit et en vérité. D'Eckhartshausen ne cessera pas pour autant de se déclarer catholique : il rend hommage à Rome et aux rites. Simplement, il situe l'Église extérieure par rapport à celle dont il nous entretient, en particulier dans cette Nuée, une des ses dernières oeuvres. (Extraits de l'avant-propos).

Ainsi il doit y avoir nécessairement pour cette communication un sensorium organisé et spirituel, un organe spirituel et intérieur susceptible de recevoir cette lumière, mais qui est fermé dans la plupart des hommes par l’écorce des sens. Cet organe intérieur est le sens intuitif du monde transcendantal ; et, avant que ce sens d’intuition soit ouvert en nous, nous ne pouvons avoir aucune certitude objective d’une vérité plus élevée. Cet organe a été fermé par la suite de la chute, qui a jeté l’homme dans le monde des sens. La matière grossière qui enveloppe ce sensorium intérieur est une taie qui couvre l’œil intérieur et qui rend l’œil extérieur inapte à la vision du monde spirituel. Cette même matière assourdit notre ouïe intérieure, de manière que nous n’entendons plus les sons du monde métaphysique ; elle paralyse notre langue intérieure, de manière que nous ne pouvons plus même bégayer les paroles de force de l’esprit que nous prononcions autrefois, et par lesquelles nous commandions à la nature extérieure et aux éléments. L’ouverture de ce sensorium spirituel est le mystère du Nouvel Homme, le mystère de la Régénération et de l’union la plus intime de l’homme avec Dieu ; c’est le but le plus élevé de la religion ici-bas, de cette religion dont la destination la plus sublime est d’unir les hommes à Dieu en Esprit et en Vérité (p. 31-32)

Ainsi nous sommes redevables à Kant d’avoir prouvé de nos jours aux philosophes, comme cela l’était depuis longtemps dans une école plus élevée de la communauté de la lumière, que, Révélation, aucune connaissance de Dieu, ni aucune doctrine sur l’âme n’étaient possible. Par où il est clair qu’une révélation universelle doit servir de base fondamentale à toutes les religions dans le monde. Ainsi, d’après Kant, il est prouvé que le monde intelligible est entièrement inaccessible à la raison naturelle, et que Dieu habite une lumière dans laquelle aucune spéculation de la raison bornée ne peut pénétrer. Ainsi, l’homme des sens ou l’homme naturel n’a aucune objectivité du transcendantal ; de là, la révélation de vérités plus élevées lui était nécessaire, et pour cela même aussi, la foi à la révélation, parce que la foi lui donne les moyens d’ouvrir son sensorium intérieur, par lequel les vérités inaccessibles à l’homme naturel lui peuvent devenir perceptibles. Il est tout à fait juste qu’avec de nouveaux sens nous puissions acquérir de nouvelles réalités. Ces réalités existent déjà, mais nous ne les remarquons point, parce qu’il nous manque l’organe de la réceptivité. C’est ainsi que la couleur est là, bien que l’aveugle ne la voie point ; c’est ainsi qu’il existe le son, bien que le sourd ne l’entende point. On ne doit pas chercher la faute dans l’objet perceptible, mais dans l’organe réceptif. Avec le développement d’un nouvel organe, nous avons une nouvelle perception, de nouvelles objectivités. Le monde spirituel n’existe pas pour nous, parce que l’organe qui le rend objectif en nous n’est pas développé. (pp. 38-39).

Lorsqu’il devint nécessaire que les vérités intérieures fussent enveloppées dans des cérémonies extérieures et symboliques, à cause de la faiblesse des hommes qui n’étaient pas capables de supporter la vue de la lumière, le culte extérieur naquit, mais il était toujours le type et le symbole de l’intérieur, c’est-à-dire le symbole du vrai hommage rendu à Dieu en esprit et en vérité. La différence entre l’homme spirituel et l’homme animal, ou entre l’homme raisonnable et l’homme des sens, rendit nécessaire l’extérieur et l’intérieur. Les vérités internes et spirituelles passèrent dans l’extérieur enveloppées dans des symboles et des cérémonies, pour que l’homme animal ou des sens puisse être rendu attentif et conduit peu à peu aux vérités intérieures. Donc, le culte extérieur était une représentation symbolique des vérités intérieures, des vrais rapports de l’homme avec Dieu avant et après la chute, dans l’état de sa dignité, de sa réconciliation et de sa réconciliation la plus parfaite. Tous les symboles du culte extérieur sont bâtis sur ces trois rapports fondamentaux.  Le soin du culte extérieur était l’occupation des prêtres, et chaque père de famille était, dans les premiers temps, chargé de cet office. Les prémices des fruits et les premiers-nés des animaux étaient offerts à Dieu ; les premiers, comme symbole que tout ce qui nous nourrit et nous conserve vient de lui ; et les seconds comme symbole que l’homme animal doit être tué pour faire place à l’homme spirituel et raisonnable (pp. 46-48).

La science des prêtres était la science de la connaissance des symboles extérieurs. La science des prophètes était la science et la possession pratique de l’esprit et de la vérité de ces symboles. Dans l’extérieur était la lettre ; dans l’intérieur, l’esprit vivifiant. Ainsi, il y avait dans l’ancienne alliance une école des prêtres et une école des prophètes. Celle-là s’occupait des emblèmes, et celle-ci des vérités qui étaient comprises sous les emblèmes. Les prêtres étaient en possession extérieure de l’Arche, des pains de proposition, du chandelier, de la manne, de la verge d’Aaron, et les prophètes étaient en possession des vérités intérieures et spirituelles qui étaient représentées extérieurement par les symboles dont il vient d’être parlé. L’Église extérieure de l’ancienne alliance était visible ; l’Église intérieure était toujours invisible, et cependant gouvernait tout, parce que la force et la puissance étaient confiées à elle seule. Quand le culte extérieur abandonnait l’intérieur, il tombait, et Dieu donnait à constater par une suite des circonstances les plus remarquables que la lettre ne peut pas subsister sans l’esprit et qu’elle est inutile et rejetée même de Dieu, si elle abandonne sa destination. (pp. 52-53).

Les symboles et les rites de l’Église extérieure chrétienne furent disposés d’après ces vérités invariables et fondamentales, et annoncèrent des choses d’une force et d’une importance qui ne peuvent se décrire, et qui n’étaient révélées qu’à ceux qui connaissaient le sanctuaire le plus intérieur. Ce sanctuaire intérieur resta toujours invariable, quoique l’extérieur de la religion, la lettre, reçût par le temps et les circonstances différentes modifications, et s’éloignât des vérités intérieures, qui seules peuvent conserver l’extérieur ou la lettre. La pensée profane de vouloir séculariser tout ce qui est chrétien, et de vouloir christianiser tout ce qui est politique, changea l’édifice extérieur, et couvrit avec les ténèbres et la mort ce qui était dans l’intérieur, la lumière et la vie.  De là naquirent des divisions et des hérésies : et l’esprit sophistique voulait expliquer la lettre lorsqu’il avait déjà perdu l’esprit de vérité (pp. 56-57).

Sur l’Église intérieure : on ne doit se représenter par cette communauté aucune société se rassemblant dans certains temps, se choisissant ses chefs et ses membres et se fixant certains buts. Toutes les sociétés, quelles qu’elles soient, ne  viennent qu’après cette communauté intérieure de la sagesse ; elle ne connait aucune des formalités qui sont l’ouvrage des hommes. Dans le royaume des forces, toutes les formes extérieures disparaissent. Dieu Lui-même est le chef toujours présent. Le meilleur homme de son temps, le premier chef, ne connaît pas lui-même tous ses membres ; mais, dans l’instant où le but de Dieu rend nécessaire qu’il apprenne à les connaître, il les trouve certainement dans le monde pour agir selon ce but (p. 63-64).

C’est à vous, frères intimement aimés, vous qui vous efforcez d’acquérir la vérité, vous qui avez conservé fidèlement les hiéroglyphes des saints mystères dans votre temps, c’est vers vous que le premier rayon de la lumière se dirige ; ce rayon pénètre à travers les nuages des mystères pour vous annoncer le midi et les trésors qu’il apporte. Ne demandez pas qui sont ceux qui vous écrivent ; regardez l’esprit et non la lettre, la chose et non les personnes. Aucun égoïsme, aucun orgueil, aucun bas mobile ne règne dans nos retraites : nous connaissons le but de la destination des hommes, et la lumière qui nous éclaire opère toutes nos actions. Nous sommes spécialement appelés à vous écrire, frères bien-aimés dans la lumière ; et ce qui donne créance à notre charge, ce sont les vérités que nous possédons et que nous vous communiquerons au moindre indice d’après la mesure de la capacité de chacun. La communication est propre à la lumière, là où il y a réceptivité et capacité pour la lumière ; mais elle ne contraint personne, et attend qu’on veuille bien la recevoir (pp. 77-78).

À chaque degré auquel s’élève le croyant, vers la Révélation, il obtient une lumière plus parfaite pour arriver à la connaissance ; et cette lumière devient de même pour lui progressivement plus convaincante, parce que chaque vérité de la foi acquise devient peu à peu vivante, et passe en conviction. De là, la foi se fonde sur notre faiblesse et sur la pleine lumière de la Révélation qui doit se communiquer d’après notre capacité, pour nous donner successivement l’objectivité des choses plus élevées. Ces objets pour lesquels la raison humaine n’a point d’objectivité sont nécessairement du domaine de la foi. L’homme ne peut qu’adorer et se taire ; mais s’il veut démontrer des choses sur lesquelles il n’a point d’objectivité, il tombe nécessairement dans des erreurs. L’homme doit adorer et se taire jusqu’à ce que les objets qui sont dans le domaine de la foi lui deviennent peu à peu plus clairs et, par conséquent, plus faciles à connaître. Tout se démontre de soi-même aussitôt que nous acquérons l’expérience intérieure des vérités de la foi, aussitôt que nous sommes conduits de la foi à la vision, c’est-à-dire à la connaissance objective. Dans tous les temps, il y a eu des hommes éclairés de Dieu, qui avaient cette objectivité intérieure de la foi en entier ou en partie, selon que la communication des vérités de la foi passait dans leur entendement ou dans leur sentiment. La première espère de vision, purement intelligible, était appelée illumination divine. La seconde espèce était appelée inspiration divine. Le sensorium intérieur fut ouvert dans plusieurs jusqu’aux visions divines et transcendantales qu’on appelait ravissements ou extases, lorsque le sensorium intérieur se trouvait tellement exalté qu’il dominait sur le sensorium extérieur et sensible. Mais cette espèce d’homme fut toujours inexplicable, et devait le rester pour l’homme des sens, parce qu’il n’avait point d’organe pour le surnaturel et le transcendantal (pp. 93-95).

L’homme est doublement misérable, il ne porte pas seulement un bandeau sur ses yeux, qui lui cache la connaissance des vérités les plus élevées ; mais son cœur languit même dans les liens de la chair, et du sang, qui l’attachent aux plaisirs animaux et sensibles, au détriment de plaisirs plus élevés et spirituels. C’est ainsi que nous sommes dans l’esclavage de la concupiscence, sous la domination des passions qui nous tyrannisent, et nous nous traînons, comme de malheureux paralytiques, sur deux misérables béquilles, savoir, sur la béquille de notre raison naturelle et sur la béquille de notre sentiment naturel. Celle-là nous donne journellement l’apparence pour la vérité. Celle-ci nous fait prendre journellement le mal pour le bien. Voilà notre misérable état ! (p. 96)

Il faut savoir, mes frères, qu’il y a une nature double, la nature pure, spirituelle, immortelle et indestructible, et la nature impure, matérielle, mortelle et destructible. La nature pure et indestructible était avant la nature impure et destructible. Cette dernière n’a tiré son origine que de la désharmonie et la disproportion des substances qui forment la nature indestructible. De là, elle n’est permanente que jusqu’à ce que les disproportions et les dissonances soient ôtées, et que tout soit remis en harmonie. Une mauvaise compréhension de l’esprit et de la matière est une des principales causes qui fait que plusieurs vérités de la foi ne nous apparaissent pas dans leur vraie lumière. L’esprit est une substance, une essence, une réalité absolue. De là, ses propriétés sont l’indestructibilité, l’uniformité, la pénétration, l’indivisibilité, et la continuité. La matière n’est pas une substance, elle est un agrégat. De là elle est destructible, divisible et soumise au changement. Le monde métaphysique est un monde réellement existant extrêmement pur et indestructible dont nous nommons le centre Jésus-Christ, et dont nous connaissons les habitants sous le nom d’esprits et d’anges. Le monde matériel et physique est le monde des phénomènes ; il ne possède aucune vérité absolue ; tout ce qui est nommé vérité ici n’est que relatif, n’est que l’ombre de la vérité même ; tout est phénomène (pp. 99-101).

L’homme, chers frères, est composé de la substance indestructible et métaphysique, et de la substance matérielle et destructible, cependant de manière qu’ici-bas la matière destructible tient comme emprisonnée la substance indestructible et éternelle. C’est ainsi que deux natures contradictoires sont renfermées dans le même homme. La substance destructible nous lie toujours au sensible ; la substance indestructible cherche à se délivrer des chaînes sensibles et cherche la sublimité de l’esprit. De là dérive le combat continuel entre le bien et le mal ; le bien veut toujours absolument la raison et la moralité ; le mal conduit journellement à l’erreur et à la passion. C’est ainsi que l’homme, dans ce débat perpétuel, tantôt s’élève et tantôt tombe dans les abîmes ; cherche à se relever et chancelle de nouveau. On doit chercher la cause fondamentale de la corruption humaine dans la matière corruptible de laquelle les hommes sont formés. Cette matière grossière opprime en nous l’action du principe transcendantal et spirituel, et cela est la vraie cause de l’aveuglement de notre entendement et des erreurs de notre cœur. On doit chercher la fragilité d’un vase dans la matière de laquelle le vase est formé. La forme la plus belle possible que la terre puisse recevoir reste toujours fragile, parce que la matière dont elle est formée est fragile. C’est ainsi que nous, pauvres hommes, nous ne restons toujours que des hommes fragiles avec toute notre culture extérieure. Quand nous examinons les causes des empêchements qui tiennent la nature humaine dans un abaissement si profond, elles se trouvent toutes dans la grossièreté de la matière dans laquelle sa partie spirituelle est comme plongée et liée. L’inflexibilité des fibres, l’immobilité des humeurs qui désirent obéir aux incitations raffinées de l’esprit, sont comme les chaînes matérielles qui le lient, et qui empêchent en nous les fonctions sublimes desquelles il serait capable (pp. 102-104).

Jésus-Christ nous a gravé dans le cœur, par de très belles paroles, cette grande vérité, qu’on doit chercher dans la matière la cause de la misère des hommes, mortels et fragiles par l’ignorance et les passions. Lorsqu’Il disait : le meilleur homme, celui qui s’efforce le plus d’arriver à la vérité, pèche sept fois par jour, Il voulait dire par là : dans l’homme le mieux organisé, les sept forces de l’esprit sont encore si fermées, que les sept actions de la sensualité le surmontent chaque jour selon leur mode. Ainsi, le meilleur homme est exposé aux erreurs et aux passions. Le meilleur homme est faible et pécheur ; le meilleur homme n’est pas libre, n’est pas exempt de la douleur et de la misère ; le meilleur homme est assujetti à la maladie et à la mort ; et pourquoi cela ? parce que tout ceci, ce sont les conséquences nécessaires de propriétés dont il est formé. Ainsi, il ne peut y avoir l’espérance d’un bonheur plus élevé pour l’humanité, tant que cet être corruptible et matériel forme la principale partie substantielle de son essence. L’impossibilité dans laquelle est l’humanité de pouvoir s’élancer d’elle-même à la vraie perfection est une constatation pleine de désespoir ; mais en même temps, cette pensée est la cause, pleine de consolation, pour laquelle un être plus élevé et plus parfait s’est couvert de cette enveloppe mortelle et fragile, afin de rendre le mortel immortel, le destructible indestructible, et dans cela on doit chercher aussi la vraie cause de l’incarnation de Jésus-Christ. (pp. 110-111).

De cet élément pur dans lequel Dieu seul habitait, et de la substance duquel le premier homme fut créé, celui-ci s’est séparé par la Chute. Par la jouissance du fruit de l’arbre du mélange du principe bon ou incorruptible et du principe mauvais ou corruptible, il s’empoisonna de telle sorte que son être immortel s’intériorisa, et que le mortel le recouvrit. C’est ainsi que disparurent l’immortalité, la félicité et la vie ; et la mortalité, le malheur et la mort furent les suites de ce changement. Beaucoup d’hommes ne peuvent point se faire une idée de l’Arbre du Bien et du Mal ; cet arbre était le produit de la matière chaotique, qui était encore dans le centre, et dans laquelle la destructibilité avait encore la supériorité sur l’indestructibilité. La jouissance trop prématurée de ce fruit qui empoisonne et qui dérobe l’immortalité enveloppa Adam dans cette forme matérielle assujettie à la mort. Il tomba parmi les éléments qu’il gouvernait antérieurement. Cet événement malheureux fut la cause que l’immortelle Sagesse, l’élément pur et métaphysique, se couvrit de l’enveloppe mortelle, et se sacrifia volontairement pour que ses forces intérieures passassent dans le centre de la destruction et pussent ramener peu à peu tout ce qui est mortel à l’immortalité. Ainsi, comme il arriva tout naturellement que l’homme immortel devînt mortel par la jouissance d’un fruit mortel, de même il arriva tout naturellement que l’homme mortel pût recouvrer sa dignité précédente par la jouissance d’un fruit immortel (pp. 112-114).

État de maladie de l’humanité. L’état de maladie des hommes est un véritable empoisonnement ; l’homme a mangé du fruit de l’arbre dans lequel le principe corruptible et matériel prédominait, et s’est empoisonné par cette jouissance. Le premier effet de ce poison fut que le principe incorruptible, qu’on pourrait appeler le corps de vie, comme la matière du péché est le corps de mort, dont l’expansion formait la perfection d’Adam, se concentra dans l’intérieur, et abandonna l’extérieur au gouvernement des éléments. C’est ainsi qu’une matière mortelle couvrit bientôt l’essence immortelle, et les suites naturelles de la perte de la lumière furent l’ignorance, les passions, la douleur, la misère et la mort (p. 129).

Cette nécessité, pour le recouvrement du salut des hommes, détermina la Sagesse ou le Fils de Dieu à se donner à connaître à l’homme, comme étant la substance pure de laquelle tout a été fait. À cette substance pure est réservé de vivifier tout ce qui est mort, et de purifier tout ce qui est impur. Mais pour que cela s’accomplisse et que le plus intérieur, le divin dans l’homme, enfermé dans l’enveloppe de la mortalité, soit ouvert de nouveau, et que le monde entier puisse être régénéré, il était nécessaire que cette substance divine s’humanisât, et transmît la force divine et régénératrice à l’humain ; il était nécessaire aussi que cette forme divine-humaine fût tuée, afin que la substance divine et incorruptible contenue dans son sang puisse pénétrer dans le plus intérieur de la terre et opérer une dissolution progressive de la matière corruptible ; pour que, dans son temps, la terre pure et régénérée puisse être retrouvée par l’homme, et que l’Arbre de Vie y soit planté ; car par la jouissance de son fruit renfermant en lui le principe immortel, le mortel en nous sera anéanti, et l’homme sera guéri par le fruit de l’Arbre de Vie, comme il a été empoisonné par la jouissance du fruit du principe mortifère. Ceci fut la première et la plus importante Révélation sur laquelle sont fondées toutes les autres et qui fut toujours conservée et transmise oralement parmi les Élus de Dieu jusqu’à nos jours. (pp. 133-134).

La vraie Science Royale et Sacerdotale est la science de la régénération, ou celle de la réunion de l’homme tombé avec Dieu. Elle est appelée science royale parce qu’elle conduit l’homme à la puissance et à la domination sur toute la nature. Elle est appelée science sacerdotale, parce qu’elle sanctifie tout, porte tout à la perfection, répandant partout la Grâce et la bénédiction (pp. 135-136).

Dans notre sang, il y a une matière gluante (appelée gluten) cachée, qui a une parenté plus proche avec l’animalité qu’avec l’esprit. Ce gluten est la matière du péché. Cette matière peut être modifiée différemment par des excitations sensibles ; et, d’après l’espèce de modification de cette matière du péché, se distinguent les mauvaises inclinations au péché. Dans son plus haut état d’expansion, cette matière opère la présomption, l’orgueil ; dans son plus haut état de contraction, l’avarice, l’amour-propre, l’égoïsme ; dans l’état de répulsion, la rage, la colère ; dans le mouvement circulaire, la légèreté, l’incontinence ; dans son excentricité, la gourmandise, l’ivrognerie ; dans sa concentricité, l’envie ; dans son essentialité, la paresse. Ce ferment de péché est plus ou moins abondant dans chaque homme, et transmis par les parents aux enfants ; et sa propagation en nous empêche toujours l’action simultanée de l’esprit sur la matière. Il est vrai que l’homme peut mettre, par sa volonté, des limites à cette matière du péché, la dominer pour qu’elle devienne moins agissante en lui ; mais l’anéantir entièrement n’est pas en son pouvoir. De là dérive le combat continuel du bien et du mal en nous. Cette matière du péché qui est en nous forme les liens de la chair et du sang, par lesquels nous sommes liés d’un côté à notre esprit immortel, et de l’autre aux excitations animales. Elle est comme l’amorce par laquelle les passions animales s’embrasent en nous. La réaction violente de cette matière du péché en nous à l’excitation sensuelle est la cause pour laquelle, par défaut de jugement juste et tranquille, nous choisissons plutôt le mal que le bien, parce que la fermentation de cette matière, source des passions, entrave l’activité calme de l’esprit, condition d’un jugement sain. Cette même substance du péché est aussi la cause de l’ignorance, car, comme sa trame épaisse et inflexible surcharge les fibres délicates de notre cerveau, elle contrecarre l’action simultanée de la raison, qui est nécessaire à la pénétration des objets de l’entendement. Ainsi, le faux et le mal sont les propriétés de cette matière du péché en nous, comme le bien et le vrai sont les attributs de notre principe spirituel. Par la connaissance approfondie de cette matière du péché, nous apprenons à voir combien nous sommes malades, et à quel point nous avons besoin d’un médecin  qui nous administre le remède capable d’annihiler ladite matière et de nous ramener à la santé morale. Nous apprenons également à voir que toutes nos manières de moraliser avec des paroles servent peu, là où des moyens réels sont nécessaires. On moralise déjà depuis des siècles, et le monde est toujours le même. Le malade ne deviendra pas convalescent si le médecin ne fait que moraliser à son chevet. Il est nécessaire qu’il lui prescrive des remèdes. (pp. 138-139).

מלכי-צדק (Melchi-Tsédeq), signifie littéralement « l’instructeur dans la vraie substance de vie et dans la séparation de cette véritable substance de vie d’avec l’enveloppe destructible qui l’enferme ». Un prêtre est un séparateur de la nature pure d’avec la nature impure ; un séparateur de la substance qui contient tout, d’avec la matière destructible qui occasionne la douleur et la misère. Le sacrifice, ou ce qui a été séparé, consiste dans le pain et le vin. Pain veut dire littéralement la substance qui contient tout, et vin la substance qui vivifie tout. Ainsi, un prêtre selon l’ordre de Melchisédeq est celui qui sait séparer la substance qui contient tout et vivifie tout, de la matière impure. Ainsi, un prêtre selon l’ordre de Melchisédeq est celui qui sait séparer la substance qui contient tout et vivifie tout, de la matière impure ; et qui sait employer comme un vrai moyen de réconciliation et de réunion pour l’humanité tombée, afin de lui communiquer la vraie dignité royale ou la puissance sur la nature, et la dignité sacerdotale ou le pouvoir de s’unir par la Grâce aux mondes supérieurs (pp. 138-139).

Quand notre cœur, par la foi vive, a reçu en lui Jésus-Christ, alors cette Lumière du monde naît en lui comme dans une pauvre étable. Tout en nous est impur, envahi par les toiles d’araignée de la vanité, couvert avec la boue de la sensualité. Notre volonté est le bœuf qui est sous le joug des passions. Notre raison est l’âne, attaché à l’opiniâtreté de ses opinions, à ses préjugés et à ses sottises. Dans cette misérable chaumière en ruine, dans le lieu d’habitation des passions animales, Jésus-Christ est né en nous par la foi. La simplicité de notre âme est l’état des bergers qui Lui apportent les premières offrandes, jusqu’à ce qu’enfin les trois principales forces de notre dignité royale, notre raison, notre volonté et notre activité, se prosternent devant Lui et Lui offrent les dons de la vérité, de la sagesse et de l’amour. Peu à peu, l’étable de notre cœur se change en un Temple extérieur, dans lequel Jésus-Christ enseigne. Mais ce temple est encore rempli de scribes et de pharisiens. Les marchands de pigeons et les changeurs s’y trouvent encore et doivent en être chassés, afin que le Temple devienne une Maison de Prière (pp. 153-154).

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