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Écrit par : Bebescourt
Titre :  Les Mystères du christianisme.
Date de parution : 1775
Éditeur : Galabin et Backer

 

 
 
 
 

Bebescourt, Les Mystères du christianisme approfondis radicalement et reconnus physiquement vrais, Londres, 1775.

L’ouvrage de Bebescourt, auteur dont nous ignorons à peu près tout, est à la fois très original et extrêmement intéressant. Démoli par la critique lors de sa sortie, il tomba immédiatement dans l’oubli. C’est Emmanuel d’Hooghvorst qui, dans les années 1990, attira l’attention des chercheurs sur son contenu hautement philosophique. Les éditions Beya envisagent une réédition ; en attendant, le texte, jadis publié anonymement, quoique sous le patronage de «la Vérité», peut être consulté sur le net.

De quoi s’agit-il ?

L’auteur, très probablement catholique, peut-être même membre de la hiérarchie ecclésiastique (cf. t. II, p. 400 : «On jugera par ce détail que je connais mieux que personne, et que je désapprouve infiniment, tous les déportements abusifs de la Cour de Rome et du clergé romain»), semble avoir beaucoup appris au contact d’«un cheikh très savant de l’Arabie» (t. I, p. 148). Regrettant la division des Églises, il propose d’y remédier et de concilier les esprits en éclaircissant «radicalement» tous les principaux points de doctrine de la religion chrétienne.

Avant d’aborder le christianisme proprement dit, l’auteur consacre une longue section (t. I, section IV) à la religion égyptienne et à ses dieux, estimant qu’ils reflètent exactement le même enseignement que celui proposé par Moïse dans son Pentateuque ; puis, le reste du premier tome (sections V à X) à la doctrine mosaïque : les sept jours de la Création, Adam et Ève, leurs descendants, Noé et le Déluge, les patriarches Abraham, Isaac et Jacob.

Le second tome élucide les différents mystères chrétiens (Trinité, Incarnation, Rédemption), les passages les plus connus des Évangiles (Jean-Baptiste, Nativité, miracles de Jésus, sa Passion, Résurrection et Ascension, la descente du Saint-Esprit), enfin les sept Sacrements (baptême, confirmation, confession, etc.).

Ce qui frappe, surtout dans le deuxième tome, c’est la manière, d’ailleurs empreinte de beaucoup d’humour, dont l’auteur ramène tous les mystères à ceux de la génération ; on serait tenté de lire : de la génération de l’homme déchu, mais il s’agit évidemment de la génération messianique, «reconnue physiquement vraie». Ceux qui seraient choqués par les passages parfois assez «crus», montreraient assez en quel sens ils ont le tort de les interpréter !

Mais encore plus choquante est la méthode dont l’auteur, du début à la fin de son ouvrage, analyse étymologiquement, «radicalement», les très nombreux noms propres et communs commentés. Ici, les linguistes et autres spécialistes des langues indo-européennes ou orientales ne trouveront pas leur compte. Car Bebescourt prétend pratiquer, non la linguistique, mais l’«étymologie», au sens traditionnel, premier, plein et noble du terme, qui est celui du «langage de la vérité».

Concrètement, cela lui permet d’expliquer un mot latin par le grec, un mot hébreu par l’arabe, ou plus étonnamment, un nom grec d’origine égyptienne ou hébraïque par le biais du grec uniquement. Les termes grecs analysés sont souvent empruntés à la Septante. L’auteur explique aussi la forme précise des lettres isolées et des chiffres.

Celui qui lira attentivement l’ouvrage, découvrira peu à peu que l’auteur reste cohérent, jusqu’au bout, dans sa méthode étymologique, et que l’impression du «n’importe quoi» qui pourrait d’abord s’imposer à lui, est susceptible, à la fin, de faire place à celle d’une unité d’interprétation admirable.

De plus, celle-ci s’avère finalement rejoindre, de manière souvent inattendue, les commentaires traditionnels qu’on peut retrouver dans les différentes religions. Donnons-en trois exemples :

       Alors que le nom d’Isaac (en hébreu Itshaq) est expliqué habituellement par le verbe hébreu tsahaq, «rire», Bebescourt le transcrit en arabe : Isa-hac (Isa-haq), en ajoutant que «ce nom arabe signifie le vrai Sauveur» (t. I, p. 68). Non seulement cette lecture du nom arabisé se tient (en hébreu, le mot iesa signifie «salut», il est à l’origine du nom de «Jésus», le «Sauveur» ; l’arabe haq a le sens de «vrai», «véritable»), mais de plus elle rejoint la tradition patristique qui considère Isaac comme une figure du Sauveur messianique.

       Le verbe grec ge-l£w, «rire», appliqué par la Genèse à la vieille Sarah apprenant qu’elle sera mère, est expliqué étymologiquement : gšnesin l£w, «voir la génération» (t. I, p. 395), ce qui rejoint la tradition selon laquelle c’est bien le rire qui lui a valu, comme à la Sainte Vierge, de voir naître son fils.

         Le mot k£m-hloj, «chameau», que Jésus fait passer par le trou d’une aiguille, est expliqué comme «le clou [Âloj] qui doit travailler [kame‹] pour ensemencer nos terres féminines» (t. II, p. 80). Cette explication n’est pas différente de celle qui prête au mot araméen gamla, «chameau», le sens secondaire de «sexe mâle en érection».

En même temps, et comme nous l’avons dit un peu plus haut, ces exemples illustrent qu’aux yeux de l’auteur, les Écritures ne parlent que d’une seule chose : de l’œuvre de la génération.

Précisons que Bebescourt connaît ses auteurs ; il fait référence à un grand nombre d’entre eux, penseurs (Voltaire, Descartes, Leibnitz, etc.) aussi bien que poètes, cabalistes et alchimistes (Paracelse, Flamel, Lulle, le Cosmopolite, Molière, La Fontaine, etc.).

Il n’est presque pas une page de son ouvrage qui ne mérite d’être citée. Aussi nous limiterons-nous à reproduire quelques extraits significatifs, la plupart de portée plus générale :

«Je prie mon lecteur de réfléchir que, comme le mot latin velare signifie “voiler”, de même revelare doit nécessairement signifier “revoiler”, ou “voiler de nouveau” ce qui aurait déjà paru sous un voile primitif. Partant, c’est une erreur de fait à nos auteurs modernes de vouloir, par leur traduction française [“dévoiler”] du terme latin revelatio, lui attribuer une signification directement opposée à celle que sa dérivation du latin lui rend propre.» (t. I, p. 25)

«J’observe en passant que le nom grec MOUSA, sous lequel notre illustre hébreu [Moyse, ou Moïse] fut connu des Arabes, signifie “Muse”, et dans le fait, sa Genèse, qui renferme la science de l’univers enseignée cabalistiquement, mérite bien d’être appelée un musaeum [“musée”].» (t. I, p. 30)

«Ces puristes nouveaux de la langue française […] nous font apparemment remarquer leur extrême sagesse, lorsqu’ils multiplient leurs efforts pour que nous écrivions comme on prononce aujourd’hui, et comme on ne prononçait pas autrefois. S’ils ont conçu le grand dessein de faire par-là disparaître tout vestige de l’étymologie grecque et latine de nos mots, ils pourront bien y réussir.» (t. I, p. 48)

«Par le résultat de cette méthode des écoles, il arrive que personne ne s’avise plus de réfléchir sur la forme de chaque lettre, d’en rechercher la signification, et d’en concevoir radicalement les beautés. Ce sont pourtant les beautés incluses dans leur forme, qui les ont fait nommer, au plus juste de tous les titres, les “belles lettres” ; et c’est ce qu’il semble que tout le monde ignore aujourd’hui.» (t. I, p. 51)

«Pour l’invoquer [le Dieu suprême], on se servait du terme Lah ou Allah, sous lequel il est encore aujourd’hui adoré dans tout l’Orient, mais dont l’expression littérale est “esprit-pierre” : elle désigna l’esprit divin, comme étant la pierre fondamentale de tout.» (t. I, p. 62)

«Juger qu’une énigme ne saurait être juste, parce qu’on ne la devine pas sur son tissu, c’est condamner un livre sur sa couverture : on ne se montre en cela ni sage ni savant.» (t. I, 171)

«Il n’y a point à s’étonner de ce que nos figures du christianisme semblent ainsi copiées sur celles des philosophes de l’Antiquité païenne : cela pourrait-il être autrement ? Nos saints pères étaient savants, ils étaient véridiques. Or dans tous les temps, l’on n’a pu exposer aux hommes que les mêmes vérités, le même Dieu, et la même nature.» (t. II, p. 96)

«On doit bien juger au seul nom de l’apôtre Pierre, que son personnage représente la pierre des philosophes, l’unique pierre dont on puisse bâtir les temples vivants de l’Éternel, celle qui doit constituer le corporel fondement de l’existence humaine.» (t. II, p. 167)

«Mais parce que le mot chaldéen sim signifie “argent”, Simon symbolise aussi l’argent vif qui sert aux philosophes pour faire leurs admirables projections et multiplications. C’est pourquoi, vu que ce mercure des philosophes est appelé leur “pierre”, comme étant vraiment la pierre fondamentale du grand œuvre des hommes, il était naturel que notre Simon portât également le surnom de “Pierre”.» (t.II,p. 196)

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