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  • Gérard Dorn | La Clef de toute la philosophie chimistique [...] | Grez-Doiceau, Beya, 2014
Écrit par : Euripide
Titre :  Les Bacchantes
Date de parution : 1975
Éditeur : Les Belles Lettres
 
 
 
 

Euripide, Les Bacchantes, Les Belles Lettres, Paris, 1975, 101 pp. [pp. 201 à 301]

 

C’est la plus extraordinaire de toutes les tragédies grecques.

Les événements narrés dans Les Bacchantes se déroulent peu après les mésaventures du roi phrygien Midas, racontées par Ovide dans ses Métamorphoses, et magistralement commentées dans leur sens alchimique par Emmanuel d’Hooghvorst (Le Fil de Pénélope, t. I, pp. 127 à 141) : venus de Lydie, du côté du mont Tmôle, Bacchus-Dionysos, fils de Sémélé, et ses fidèles se trouvent à présent dans la ville de Thèbes en Grèce. La piété dont bénéficie ce «nouveau» dieu, surtout de la part des femmes, irrite profondément Penthée, le roi thébain. Il persécute les bacchantes et le mystérieux homme-dieu qui les guide ; hélas ! à ses propres dépens : la tragédie finit dans l’horreur la plus totale…

Citons quelques-unes des lignes très intéressantes que, dans sa Notice, le traducteur Henri Grégoire a consacrées aux Bacchantes :

«Ce drame est tout entier un mystère de Dionysos, une tragédie sacrée, dont la valeur, pour la connaissance de la religion dionysiaque, dépasse de loin celle de toutes les autres sources, de tous les autres monuments.» (p. 213)

«Pour se convaincre de la profondeur du sentiment religieux qui s’exprime dans les Bacchantes, il suffit de parcourir les chants qui sont, d’un bout à l’autre, liturgiques ou mystiques. Très souvent cette poésie rappelle les psaumes. Parfois elle est chrétienne d’accent, lorsqu’elle loue la foi des simples et déprécie la superbe de la philosophie vaine et subtile du siècle… Qu’on ne croie pas que j’exagère, égaré que je serais par le parti pris d’une thèse, car Racine, qui a laissé sur les Bacchantes – comme sur d’autres tragédies d’Euripide – quelques pénétrantes remarques, a cité en marge de cette pièce plus d’une parole de l’Écriture, et l’interrogatoire de Dionysos par Penthée annonce mot pour mot les Actes des Martyrs. Est-ce un hasard qu’en lisant les Actes Canoniques, en revanche, on note plus d’une fois, au bas des versets sacrés, des passages parallèles des Bacchantes, depuis l’évasion miraculeuse des Ménades de leur “prison publique”, en passant par le fameux “Ne regimbe pas contre l’aiguillon” de la vision de saint Paul sur le chemin de Damas, jusqu’au “vers eucharistique” sur Dionysos répandu en offrande aux Dieux, tout en étant Dieu lui-même.» (pp. 229 et 230)

Le traducteur cite quelques exemples frappants de «concordance entre la langue de ce drame et celle du Nouveau Testament» (p. 253, n. 1). Ajoutons-y quelques vers dont les allures scripturaires sautent aux yeux :

«J’ai pris l’apparence mortelle, et changé mon aspect divin au corps d’un homme.» (vv. 53 et 54)

«Dieu fils de Dieu» (v. 84).

«L’une [des bacchantes] de son thyrse ayant frappé la roche, un flot d’eau limpide à l’instant en jaillit.» (vv. 704 et 705)

«Des cornes, je crois, ont poussé sur ta tête [de Dionysos].» (v. 921)

Comment ne pas penser à la Vierge dans le passage où est dénoncé celui qui «s’en prend à ton culte, Bacchus, et à celui de ta mère» (v. 998, cf. vv. 181 à 183) ? ou à son titre de qeotÒkoj: «Sémélé passe, aux yeux des mortels, pour la Mère d’un Dieu (qeÕn teke‹n(v. 335) ?

Et quand Penthée demande au Dionysos d’apparence humaine : «Où donc est-il [le Dieu] ? Mon œil du moins ne le voit pas !», et que l’autre lui répond : «Où je suis, mais l’impiété te rend aveugle !» (vv. 501 et 502), comment ne pas songer au commentaire scripturaire d’Origène selon lequel les impies Pilate et Judas, tout en fréquentant Jésus, n’ont jamais vu le Christ ?

D’autre part, la description de l’arrestation de Dionysos (vv. 434 et ss.), que ce dernier subit de son plein gré, rappelle évidemment celle de Jésus racontée dans les Évangiles ; il en est de même pour l’aisance avec laquelle il échappe à ses ennemis (vv. 615 et ss.).

On ne sera donc pas étonné de constater que de nombreux vers des Bacchantes ont servi au centon byzantin La Passion du Christ (cf. p. 237).

S’il ne nous paraît pas impossible que certains éléments des Bacchantes aient été consciemment repris par les auteurs néotestamentaires, cette tragédie permet aussi, en passant par la tradition grecque, de faire le lien entre religions chrétienne et égyptienne ; car selon les Grecs, Dionysos parcourant le monde avant de rentrer à Thèbes, sa ville natale grecque, n’est autre qu’Osiris parti de Thèbes en Égypte pour civiliser le monde :

«– Je le vis [Dionysos] face à face et reçus ses mystères.
– Ces mystères, dis-moi, quelle en est la nature ?
– Les non-initiés ne la peuvent connaître.» (vv. 470 à 472)

On peut rapprocher ces vers d’un passage d’Apulée :

«Je pourvus enfin largement aux apprêts matériels de la cérémonie d’initiation […]. Osiris m’apparut dans mon sommeil, non sous une figure d’emprunt, mais en se montrant face à face, et daigna me faire entendre sa parole vénérable.» (L’Âne d’or, XI, 30)

Les anciens Grecs ont certainement été plus reconnaissants à l’égard de l’Égypte que les chrétiens. Citons ici les remarques si pertinentes de Louis Cattiaux :

«Je vous recommande l’étude attentive du rite osirien afin que vous connaissiez l’origine du rite chrétien et l’originalité de l’incarnation divine, le mystère de la mort et de la résurrection de Dieu fait homme. Malheureusement, peu de chrétiens parmi les plus instruits connaissent cette religion très ancienne dans laquelle Christ a été instruit pendant son séjour en Égypte. Le Livre des morts égyptien et Isis et Osiris de Plutarque sont bien intéressants pour étudier l’origine du christianisme. […] Osiris est le Christ éternel, ancien, présent et futur et unique, qui revient s’incarner et montrer le chemin de l’éternel retour au Père quand les hommes s’égarent trop en dehors dans le monde. […] Les chrétiens ont ignoré volontairement le Christ historique qui ne devait pas coller avec le mythe osirien qu’il fallait absolument restaurer, car là est la grande révélation et le premier ressuscité. L’étude osirienne vous donnera avec certitude la clef du mystère christique et aucune autre. C’est pourquoi cela demeure aussi soigneusement et volontairement ignoré des chrétiens actuels qui se croient vaniteusement les premiers alors qu’ils sont les derniers, probablement, à avoir reçu la révélation de la connaissance opérative d’une manière voilée bien que très évidente.» (cf. R. Arola, Croire l’incroyable, Beya, pp. 265 et 266)

Le thème principal des Bacchantes pourrait être résumé par le verbe composé qeomace‹n, «combattre Dieu». Il revient plusieurs fois dans la pièce où l’homme divin se plaint que Penthée «fait en moi la guerre à la divinité (qeomace‹(v. 45), et où il dénonce «ce mortel dont l’audace entreprit de lutter contre un Dieu» (vv. 635 et 636 ; cf. v. 789) ; le devin Tirésias refuse de se joindre au roi pour «combattre le Dieu» (qeomac»sw, v. 325) ; et la mère de Penthée, à son tour, constate que ce dernier «n’est bon qu’à lutter contre les Dieux (qeomace‹n)» (vv. 1255 et 1256).

En ce sens, la pièce d’Euripide est un développement d’Iliade, XVII, 98 à 101 ; le commentaire d’Eustathe, sur ce passage homérique, ne s’applique pas moins au sujet des Bacchantes :

«Les mots “se battre contre la divinité avec un homme” signifient : combattre la divinité par l’intermédiaire d’un homme aimé de Dieu… On veut dire que celui qui combat un homme honoré par la divinité, même s’il pense combattre un simple humain, se bat par cet intermédiaire en réalité contre la divinité. […] On montre par là qu’il ne faut pas s’opposer à un homme aimé de Dieu. Si celui à qui on fait la guerre est un ami de Dieu, et que par ailleurs tout est commun entre amis [idée pythagoricienne souvent exprimée par Euripide], alors on fait la guerre à la fois à Dieu et à son ami. […] L’expression “bientôt un grand malheur lui est dévolu” signifie, ici encore, que ce malheur survient d’en haut, de la part de Dieu.» (Questions homériques, Beya, p. 551)

Cela ne rappelle-t-il pas le sage conseil de Gamaliel, adressé à ceux qui s’attaquent aux disciples du Christ : «Veillez à ce qu’on ne vous trouve pas occupés à combattre Dieu (qeom£coi) !» ?

Ce même avertissement, Euripide l’exprime encore de bien d’autres manières dans ses Bacchantes :

«Les traditions qui viennent de nos pères, et dont l’âge est ancien comme le temps lui-même, aucun raisonnement ne les terrassera, malgré l’effort subtil des cerveaux sophistiques.» (vv. 201 à 203)

«La puissance divine se meut avec lenteur ; en revanche, elle est infaillible. Elle demande des comptes à ceux qui pratiquent l’iniquité et dont l’esprit pervers frustre les dieux d’un hommage légitime. […] Car on ne doit rien concevoir, rien pratiquer qui soit supérieur aux traditions.» (vv. 882 à 892)

«Multiples sont les formes que revêt le divin ; souvent les dieux agissent en trompant notre attente. Ce que nous attendions ne s’est pas accompli, et pour l’inattendu Dieu découvre la voie.» (vv. 1388 à 1391)

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