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Écrit par : Aristophane -
H. Van Daele (trad.)
Titre :  Les Acharniens - Les
Cavaliers - Les Nuées
Date de parution : 1980
Éditeur : Les Belles Lettres
 
 
 
 
 

Aristophane, tome I : Les Acharniens, Les Cavaliers, Les Nuées, trad. H. Van Daele, Les Belles Lettres, Paris, 1980, XXXII + 230 pp.

Aristophane est un Athénien de la fin du Ve et du début IVe siècle, célèbre pour ses comédies dont onze nous sont parvenues. Ces pièces sont loin de se limiter à des bouffonneries ou expressions parfois trop grossières à notre goût ; on y découvre aussi un engagement politique inspiré par un amour sincère envers ses concitoyens, et surtout, des allusions philosophiques et religieuses, entre autres concernant les célèbres Mystères d’Éleusis, qui font du poète autre chose qu’un simple et grotesque amuseur public.

Plusieurs de ces comédies s’inscrivent dans le contexte de la guerre impitoyable qui, dans les dernières décennies du cinquième siècle, opposait Sparte et Athènes, ainsi que leurs alliés respectifs, ravageant la Grèce tout entière.

C’est le cas des Acharniens, nom des habitants du dème d’Acharnes (le dème est une sorte de circonscription administrative ; Athènes, berceau de la «démo-cratie», en comptait une centaine). Faisant partie des Athéniens les plus portés sur la guerre, ils sont ici ridiculisés par le partisan résolu de la paix qu’était Aristophane. Le héros de la pièce est l’Athénien Dicéopolis (le «Juste de la cité») qui, désolé par les ravages provoqués par les hostilités, conclut une trêve personnelle de trente ans avec les Spartiates. Ainsi, à la fin de la pièce, pendant que les autres Athéniens continuent à souffrir atrocement des conséquences de la guerre, Dicéopolis et les siens vivent dans l’abondance et dans la paix absolue ; on pense ici à la première Bucolique de Virgile.

Un détail curieux est la manière dont est obtenue la «trêve» (en grec spond», litt. «libation») : Dicéopolis reçoit une liqueur qui «sent l’ambroisie et le nectar» (v. 196), dont il boit et dont, à son gré, il refuse ou accorde des gouttelettes à d’autres hommes envieux ou désireux de partager son bonheur.

La comédie des Cavaliers traite à peu près le même sujet : Aristophane y ridiculise, sous les traits du Paphlagonien, le démagogue Cléon qui, partisan de la guerre, poursuit en réalité ses propres intérêts aux dépens du peuple athénien, incarné par le vieux Dèmos (DÁmoj, «Dème») ; Cléon le flatte pour mieux le tromper. Soutenu par le corps militaire des cavaliers, ennemis de Cléon, le charcutier Agoracritos réussit, à force de bouffonneries supérieures à celles du Paphlagonien, à démasquer ce dernier et à prendre sa place comme confident de Dèmos. Grâce à ses services, il fait subir à ce dernier une métamorphose digne d’Éson, jadis rajeuni par cuisson : «Je vous ai fait cuire Dèmos et de laid je l’ai rendu beau» (v. 1321).

La pièce des Nuées s’attaque aux sophistes, ou faux sages, fléau répandu à Athènes. Le poète les a dépeints, étrangement, dans le personnage de Socrate qui, dans la réalité, était tout le contraire d’un sophiste. L’aurait-il fait pour mieux brouiller les cartes ? Aristophane avait-il simplement prévu le sort dramatique réservé, un quart de siècle plus tard, au grand philosophe accusé, comme dans sa pièce, d’athéisme et de corruption de la jeunesse ? La pièce aurait-il finalement contribué à cette condamnation ? Cependant, si Aristophane était vraiment hostile à Socrate, comment expliquer que le plus illustre élève et admirateur de ce dernier représente son propre maître ainsi que le comédien discutant paisiblement de philosophie lors d’un banquet situé sept ans après la représentation des Nuées (cf. Platon, Le Banquet) ?

Ce qui complique encore la question, c’est l’accusation d’Aristophane adressée à ses concitoyens, celle d’avoir mal jugé de sa pièce, voici en quels termes :

«Vous qui aviez trouvé un tel poète pour conjurer les maux de ce pays, et un tel purificateur des mœurs, l’an dernier vous l’avez abandonné, alors qu’il avait semé les pensées les plus neuves, que, faute de les avoir bien comprises, vous avez empêchées de lever. Cependant, sur la foi de libations multiples, il jure par Dionysos que jamais personne n’ouït des vers comiques meilleurs que ceux-là. C’est une honte pour vous de ne pas en avoir reconnu le mérite sur-le-champ ; quant au poète, il n’est nullement diminué dans l’estime des gens éclairés, si, tout en dépassant ses rivaux, il a vu briser son espoir.» (p. 154, citation des Guêpes, 1043 à 1050)

Le titre de la pièce est emprunté aux divinités honorées par Socrate et par ses disciples, supposés se perdre constamment dans les nuages. Toutefois – et cela ne simplifie pas non plus la question des intentions du poète – si Socrate explique longuement en quoi «Zeus n’existe pas» (v. 367), les Nuées, elles, chantent : «C’est le souverain d’en haut, le roi des dieux, le grand Zeus que tout d’abord j’appelle dans notre chœur» (vv. 563 à 565).

Quoi qu’il en soit, les Nuées mêlent à l’évidence bouffonnerie et pensées plus élevées. Pour échapper à leurs nombreux créanciers, Strepsiade, puis son fils Philippide, se mettent à l’école de Socrate capable de faire triompher n’importe quelle cause au moyen d’arguments imparables, imprégnés, si nécessaire, d’une mauvaise foi inégalable. Si le procédé finit par résoudre ses problèmes financiers, il se tourne aussi contre Strepsiade même dont le fils, décidément bien formé par Socrate, devient rétif à toute autorité paternelle. Dépité, le père met le feu à l’école du sophiste.

Quelques autres citations :

«Toujours ses comédies [d’Aristophane] défendront la cause de la justice. Il affirme qu’il vous rendra encore bien des services en vous donnant le moyen d’être heureux, sans vous flatter, sans chercher des approbateurs par l’appât d’un salaire, sans essayer de vous duper, sans faire le fourbe, sans vous inonder d’éloges, mais en vous enseignant ce qui est le mieux.» (Acharniens, 655 à 658)

«Le vin (oŒnon), tu oses lui refuser l’invention [l’intelligence] (™p…noian) ? Le vin (o‡nou), que pourrais-tu lui trouver qui fasse mieux les affaires ? Vois-tu bien, quand ils boivent, c’est alors que les hommes sont riches, réussissent dans leurs affaires, gagnent leurs procès, sont heureux, aident leurs amis. Çà, va vite me chercher un conge de vin (o‡nou), que j’arrose mon esprit [mon intellect] (noàn) pour pouvoir dire quelque chose d’ingénieux.» (Cavaliers, 90 à 96)

«La satire contre les méchants n’a rien d’odieux ; elle est un hommage rendu aux bons, pour qui raisonne bien.» (Cavaliers, 1274 et 1275)

«Vierges qui portons la pluie [= les Nuées], allons vers le pays splendide de Pallas, la patrie des héros, la terre aimable de Cécrops, où se célèbrent des rites ineffables ; où, pour recevoir les initiés, un sanctuaire s’ouvre en de saintes cérémonies, cependant qu’aux dieux célestes on offre des présents ; là se dressent des temples aux faîtes élevés et des statues, là ont lieu les très saintes processions des bienheureux, et avec de belles couronnes, des sacrifices en l’honneur des dieux et des festins en toutes saisons.» (Nuées, 299 à 310)

«[Le poète :] Si je vous agrée et si vous prenez plaisir à mes inventions, dans les temps à venir vous passerez pour sensés.» (Nuées, 561 et 562)

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