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  • Euripide | Fragments (tome 8-1) | Paris, Les Belles Lettres, 1998
Écrit par : Platon
Titre : Timée, Critias
Date de parution : 1970
Éditeur : Les Belles Lettres
 
 
 

Platon, Timée, Critias [Œuvres complètes, t. X], Les Belles Lettres, Paris, 1970, 275 pp.

«Un, deux, trois. Mais notre quatrième […], où est-il ?» (17a)

C’est par ces mots, marqués au sceau pythagoricien, que Socrate accueille ses trois interlocuteurs, Timée, Critias et Hermocrate, qui devaient prêter chacun leur nom à un dialogue ; le Critias n’a pas été achevé, et nous n’avons aucune trace de l’Hermocrate.

«Parmi les disciples immédiats de Platon, le Timée passe pour l’œuvre capitale du maître» (p. 3). De plus, «les savants chrétiens, arabes ou juifs s’attachent avec une même ardeur à ce texte que l’on vénère presque à l’égal des livres canoniques» (ibid.).

Le scepticisme du traducteur, Albert Rivaud, à l’égard du caractère pythagoricien du dialogue (cf. p. 18), nous laisse perplexe.

En effet, si «le Timée a longtemps été désigné sous le nom de Timée pythagorique» (p. 24), les raisons en sautent aux yeux : la notion du nombre et les mathématiques sont omniprésentes dans le texte ; en outre, «une tradition très ancienne […] veut que Platon ait pris le plus clair de sa physique et de sa biologie aux pythagoriciens» (p. 24).

On mettra aussi plusieurs passages du Timée en rapport avec les Métamorphoses d’Ovide dont, par ailleurs, le quinzième et dernier livre est consacré à l’enseignement de Pythagore (cf. 91d et ss., passage qui renvoie au sujet général des Métamorphoses ; 53b, passage qui en évoque l’ouverture).

Enfin, on observera qu’en dehors des quelques échanges initiaux, les intervenants écoutent religieusement, comme de véritables acousmatiques, tout l’exposé de Timée, qui ne sera plus interrompu par aucune question ou remarque.

Quel est le sujet du Timée ? Après une introduction où il est principalement question de la célèbre Atlantide, dont la description sera réservée au Critias, Timée relate, en termes originaux, la cosmogonie ou naissance du monde, suivie de la création de l’homme. En un langage dense et lourd de sens, l’orateur passe en revue et décrit les dieux, les éléments, le règne minéral, les parties du corps humain, les sciences, etc. Il s’agit d’une œuvre encyclopédique, quoique de dimension restreinte, au contenu extrêmement riche.

La traduction est soignée, même si celle de quelques passages aurait pu l’être davantage. On lit par exemple :

«Quel est l’être (Ôn) éternel et qui ne naît point, et quel est celui qui naît toujours et n’existe (Ôn) jamais ? Le premier […] est  (Ôn) constamment identique. Quant au second […], il naît et meurt, mais n’existe (Ôn) jamais réellement.» (28a)

L’emploi du verbe «exister», pour traduire une forme grecque rendue en même temps, et correctement, par celui d’«être», produit ici une confusion inextricable ; car les choses qui naissent existent bel et bien, même si leur existence est passagère.

Autre passage rendu de manière discutable :

«C’est après avoir mis (sunist£j) l’Intellect (noàn) dans l’Âme (yucÍ) et l’Âme dans le Corps, qu’il a façonné le Monde (tÕ p©n)» (30b).

Le participe étant du temps présent, il aurait été préférable de traduire, par exemple : «C’est en réunissant l’intellect à l’esprit, et l’esprit au corps, qu’il fabriquait le Tout», en ce sens que la Création consiste précisément en cette composition. Ainsi, en termes chrétiens, l’homme véritablement créé englobe le corps, l’esprit et l’âme.

Le traducteur semble aussi ne pas avoir remarqué deux étymologies proposées par Platon (dont la seconde est confirmée, d’une manière un peu inattendue, par l’Etymologicon magnum, 447, 28) :

«Au-dehors, il y a cette mer véritable et la terre qui l’entoure (¹ periecousa gÁ) et que l’on peut appeler véritablement, au sens propre du terme, un continent (½peiroj).» (25a)

«C’est donc cette propriété [triangulaire] et non une autre qui rend le feu capable de diviser notre corps, de le fragmenter en petites parcelles (kermat…zousa). Et c’est elle qui a donné à ce que nous appelons actuellement chaud (qermÒn), sa qualité sensible propre et son nom.» (62a)

Quelques autres extraits du Timée :

«Découvrir l’auteur et le père de cet Univers, c’est un grand exploit, et quand on l’a découvert, il est impossible de le divulguer à tous.» (28c)

«Toute cette masse visible, il l’a prise, dépourvue de tout repos, changeant sans mesure et sans ordre, et il l’a amenée du désordre à l’ordre» (30a).

«La cause en vertu de laquelle le dieu a inventé la vision et nous en a fait présent est la suivante et toujours la même. Ayant contemplé les mouvements périodiques de l’intelligence dans le Ciel, nous les utiliserons, en les transportant aux mouvements de notre propre pensée, lesquels sont de même nature, mais troublés, alors que les mouvements célestes ne connaissent pas de trouble. Ayant étudié à fond ces mouvements célestes, participant à la rectitude naturelle des raisonnements, imitant les mouvements divins qui ne comportent absolument aucune erreur, nous pourrons stabiliser les nôtres, qui ne cessent point d’errer.» (47b et c)

«L’harmonie [musicale], dont les mouvements sont de même espèce que les révolutions régulières de notre âme, n’apparaît point à l’homme qui a un commerce intelligent avec les Muses, comme bonne simplement à lui procurer un agrément irraisonné, ainsi qu’il le semble aujourd’hui. Au contraire, les Muses nous l’ont donnée comme une alliée de notre âme, lorsqu’elle entreprend de ramener à l’ordre et à l’unisson ses mouvements périodiques, qui se sont déréglés en nous. Pareillement, le rythme, qui corrige en nous une tendance à un défaut de mesure et de grâce, visible en la plupart des hommes, nous a été donné par les mêmes Muses et en vue de la même fin.» (47d et e)

«Il faut dire encore qu’à l’opinion, tout homme participe, qu’à l’intellection [noà, “à l’intellect”, “au sens divin”], au contraire, les dieux ont part, mais des hommes, une petite catégorie seulement.» (51e)

(Ceci rappelle les vers de Pindare, au début de la sixième Néméenne : «Nous avons quelque rapport avec les Immortels par le grand intellect».)

«… le sel, que l’on appelle justement un corps aimé des dieux.» (60e)

«Quand un homme s’est abandonné à la concupiscence et aux déportements, quand il a pratiqué largement ces deux vices, toutes ses pensées deviennent nécessairement mortelles. Par suite, il devient mortel tout entier, autant qu’il se peut faire, et rien ne demeure plus en lui que de mortel, tant il a développé cette partie-là. Au contraire, quand un homme a cultivé en lui-même l’amour de la science et des pensées vraies, quand, de toutes ses facultés, il a exercé principalement la capacité de penser aux choses immortelles et divines, un tel homme, s’il parvient à toucher la vérité (¢lhqe…aj ™f£pthtai), il est sans doute absolument nécessaire que, dans la mesure où la nature humaine peut participer à l’immortalité, il puisse en jouir entièrement. Car, sans cesse il rend un culte à la divinité ; car il entretient toujours en bon état le Dieu qui habite en lui : il est donc fatal qu’il soit heureux singulièrement.» (90b et c)

L’histoire de l’Atlantide est qualifiée, dans le Timée, de «très singulière, mais absolument vraie» (20d, cf. aussi 26e). Elle est hélas ! incomplète, le Critias s’arrêtant brusquement au milieu du récit.

Est-ce à dire que la narration jadis recueillie par Solon auprès des prêtres saïtiques, en Égypte, peut être prise en un sens historique ? Cela nous paraît tout sauf impossible ; si Rivaud voit, dans l’accumulation de détails précis et dans l’appel répété à la véridicité, les indices du génie du faussaire, ne serait-il pas plus simple, sur les mêmes bases, de croire à sa possible authenticité ?

Mais l’histoire est une chose ; le sens profond d’un récit traditionnel en est une autre. Il y a plus d’un élément qui évoque l’enseignement des alchimistes :

- la mention de l’orichalque, «le plus précieux, après l’or, des métaux qui existaient en ce temps-là» (114e), que l’on retrouve souvent chez les alchimistes postérieurs (par exemple, chez le pseudo-Avicenne) ;

- la description de l’île mythique de Poséidon, riche en végétation et abondante en fruits, qui rappelle celle de l’«Énigme philosophique», dans la Nouvelle Lumière chymique du Cosmopolite, où Neptune apparaît au navigateur émerveillé ;

- l’engloutissement de l’Atlantide, qui n’est peut-être pas sans rappeler l’île de Calypso, fille d’Atlas, «celle qui cache», ou «cette petite île que les disciples d’Hermès voient flotter à certain moment dans leur vase et en laquelle consistent les délices de leur philosophie» (Le Fil de Pénélope, t. I, Beya, p. 52).

Le Timée et le Critias ne demandent pas une simple lecture, mais une étude assidue. On y trouve, contrairement à d’autres dialogues de Platon, une doctrine très concentrée et merveilleuse.

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