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  • Platon | Protagoras (tome 3-1) | Les Belles Lettres, 1984
Écrit par : Platon
Titre : Théétète
Date de parution : 1976
Éditeur : Les Belles Lettres
 
 
 

Platon, Théétète [Œuvres complètes, t. VIII, 2], Les Belles Lettres, Paris, 1976, 150 pp. [pp. 116 à 265]

Socrate s’entretient ici principalement avec Théétète, jeune élève de Théodore de Cyrène lui-même disciple de «Protagoras le très sage» (160d). Le dialogue porte sur la science, et part du célèbre dicton du dernier nommé :

«L’homme est la mesure de toutes choses» (ibid.).

Ce dicton est souvent interprété dans un sens “relativiste” différent de ce qu’on peut lire chez les philosophes. Platon précise par exemple :

«Un homme est plus sage qu’un autre et c’est le plus sage qui est mesure.» (179b)

Nous renvoyons aussi au Fil de Pénélope, t. I, p. 352 (éd. Beya ; p. 298 dans éd. La Table d’Émeraude).

De même, Platon s’accorde avec les hermétistes pour affirmer que toute science (y compris, donc, celle des philosophes) est toujours et nécessairement basée sur les sens :

«Science n’est pas autre chose que sensation [asqhsij, “perception sensible, opérée par les sens”].» (151e)

Le dialogue fait beaucoup appel à d’autres grands poètes et philosophes (Homère, Hésiode, Thalès, Héraclite…) :

«Quand celui-ci [Homère] parle de “l’Océan générateur des dieux et leur mère Téthys”, c’est dire que toutes choses [p£nta] ne sont que produits du flux [·o»] et du mouvement.» (152e)

Cela montre que la fameuse formule d’Héraclite «tout coule» (p£nta ·e‹, ce «tout» étant ce que l’alchimiste voit couler dans son vase) remonte en définitive à l’enseignement homérique.

On retrouve dans le Théétète l’anecdote instructive suivante :

«Thalès observait les astres, Théodore, et, le regard aux cieux, venait choir dans le puits. Quelque Thrace, accorte et plaisante soubrette, de le railler, ce dit-on, de son zèle à savoir ce qui se passe au ciel, lui qui ne savait voir ce qu’il avait devant lui, à ses pieds [par¦ pÒdaj].» (174a)

L’homme moderne ne s’éloigne-t-il pas toujours plus de lui-même (en lançant des fusées dans le ciel, par exemple), sans s’interroger sur ce qui se trouve «à ses pieds»? Quant au philosophe :

«Mais qu’est-ce que l’homme […], voilà quelle est sa recherche et l’investigation à laquelle il consacre ses peines.» (174b)

On trouve aussi, dans ce dialogue, un bel éloge du loisir (172d et ss.), ainsi que deux passages purement “évangéliques” : la parabole de la semence ressemble à un écho de 194e et ss. ; et Jésus expliquant les paraboles en secret à ses disciples, paraît s’inspirer des propos que voici :

«Était-ce donc, par les Grâces, une somme de sagesse que ce Protagoras, et n’a-t-il donné là qu’énigmes pour la foule et le tas que nous sommes, tandis qu’à ses disciples, dans le mystère [™n ¢porr»tJ, “en secret”], il enseignait la vérité ?» (152c)

La maïeutique de Socrate, d’origine homérique (cf. Le Fil de Pénélope, t. I, éd. Beya, p. 6), est comparable à l’art des accoucheuses :

«Mon art de maïeutique a mêmes attributions générales que le leur. La différence est qu’il délivre les hommes et non les femmes et que c’est les âmes (yuc£j) qu’il surveille en leur travail d’enfantement, non point les corps. Mais le plus grand privilège de l’art que, moi, je pratique est qu’il sait faire l’épreuve et discerner, en toute rigueur, si c’est apparence vaine et mensongère qu’enfante la réflexion du jeune homme, ou si c’est fruit de vie et de vérité. J’ai, en effet, même impuissance que les accoucheuses. Enfanter en sagesse n’est point en mon pouvoir, et le blâme dont plusieurs déjà m’ont fait opprobre, qu’aux autres posant questions je ne donne jamais mon avis personnel sur aucun sujet et que la cause en est dans le néant de ma propre sagesse, est blâme véridique. La vraie cause, la voici : accoucher les autres est contrainte que le dieu m’impose ; procréer est puissance dont il m’a écarté. Je ne suis donc moi-même sage à aucun degré et je n’ai, par-devers moi, nulle trouvaille qui le soit et que mon âme (yuc») à moi ait d’elle-même enfantée. Mais ceux qui viennent à mon commerce, à leur premier abord, semblent, quelques-uns même totalement, ne rien savoir. Or tous, à mesure qu’avance leur commerce et pour autant que le dieu leur en accorde faveur, merveilleuse est l’allure dont ils progressent, à leur propre jugement comme à celui des autres. Le fait est pourtant clair qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’eux seuls ont, dans leur propre sein, conçu cette richesse de beaux pensers qu’ils découvrent et mettent au jour. De leur délivrance, par contre, le dieu et moi sommes les auteurs. […] Si, examinant quelqu’un de tes formules, j’estime y trouver apparence vaine et non point vérité, et qu’alors je l’arrache et la rejette au loin, ne va pas entrer en cette fureur sauvage qui prend les jeunes accouchées menacées en leur premier enfant. C’est le cas de plusieurs déjà, ô merveilleux jeune homme, qui, envers moi, en sont venus à ce point de défiance qu’ils sont réellement prêts à mordre dès la première niaiserie que je leur enlève. Ils ne s’imaginent point que c’est par bienveillance que je le fais ; ils sont trop loin de savoir qu’aucun dieu ne veut du mal aux hommes et que, moi de même, ce n’est point par malveillance que je les traite de la sorte, mais que donner assentiment au mensonge et masquer la clarté du vrai m’est interdit par toutes lois divines.» (150b à 151d)

Nous n’en finirions pas de citer des extraits intéressants de ce passionnant dialogue, rédigé dans la foulée du rebutant Parménide ! Contentons-nous des trois brefs passages suivants :

«Il est tout à fait d’un philosophe, ce sentiment : s’étonner [qaum£zein]. La philosophie n’a point d’autre origine, et celui qui a fait d’Iris [messagère des dieux] la fille de Thaumas a l’air de s’entendre assez bien en généalogie.» (155d)

«Voici par quoi, au contraire, je définis le sage : toutes choses qui, à l’un de nous, apparaissent et sont mauvaises, savoir en invertir le sens de façon qu’elles lui apparaissent et lui soient bonnes.» (166d)

«Il est impossible que le mal disparaisse, Théodore ; car il y aura toujours, nécessairement, un contraire du bien. Il est tout aussi impossible qu’il ait son siège parmi les dieux : c’est donc la nature mortelle et le lieu d’ici-bas que parcourt fatalement sa ronde. Cela montre quel effort s’impose : d’ici-bas vers là-haut s’évader au plus vite. L’évasion, c’est de s’assimiler à Dieu [Ðmo…wsij qeù] dans la mesure du possible.» (176a)

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