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Abraham l'hébreu

L'histoire du peuple hébreu débute avec le patriarche Abraham car il est, dans la Bible, le premier qui soit appelé Hébreu : « Abraham l'Hébreu » (Genèse xiv, 13). C'est donc à partir d'Abraham qu'on parle du peuple hébreu. Ce mot vient du nom Ever (Eber), qui était un ancêtre d'Abraham, d'après le texte. Ever était un descendant de Sem1, un des trois fils de Noé.

Le fils d'Ever se nommait Paleg (qui signifie « séparer »), parce qu'il est dit dans le texte de la Genèse qu'en son temps, la terre était divisée. Précisément, eber ou « hébreu » vient d'un verbe (abor) qui signifie « passer », « traverser ». Selon la tradition, les Hébreux, et en particulier Abraham, sont « ceux qui ont passé » le fleuve du Jourdain et c'est pourquoi ils sont « séparés » du reste du monde. Le monde se trouve d'un côté du fleuve, et de l'autre se trouvent Abraham et les descendants d'Ever. Dans l'Évangile aussi, Jésus est au-delà du Jourdain. Les Hébreux représentent ainsi symboliquement les saints séparés du reste du monde. En langue hébraïque, le mot saint vient du verbe qadoch qui, à la forme hiphil, signifie « séparer ». Le saint est donc, étymologiquement, « celui qui est séparé du monde profane ».

Dans le Temple de Jérusalem, il existait un lieu secret dont l'accès était interdit aux fidèles : le saint des saints ; il s'agit d'un symbolisme similaire. Dans le christianisme, ce lieu correspond au chœur, lieu de l'église séparé de la nef et où, théoriquement, les fidèles ne pouvaient entrer. C'est la notion du « saint » et du « profane ».

Le lecteur aura certainement remarqué que le fait d'être Hébreu transcende la notion ethnologique de la race. L'« Hébreu » représente le saint, le sage ou le prophète, parce que ceux-ci ont expérimenté le « passage du fleuve ». C'est dans le même sens que la langue hébraïque est appelée « le langage des prophètes » ou « la langue d'or ».

Revenons à Abraham l'Hébreu, « celui qui a traversé » et qui, pour cette raison, est séparé. Il représente symboliquement tous les sages. C'est pourquoi il est appelé « Père des croyants » car il est l'ancêtre des trois grandes religions monothéistes : la juive, la chrétienne et l'islamique.

Au commencement, il s'appelait Abram : ab aram , « Père d'Aram », son pays d'origine. Son nom signifie également « Père élevé », ab ram . Ram est aussi une appellation poétique de Dieu.

Les mages persans croyaient qu'Abram et Zoroastre étaient le même personnage, celui qui a écrit le livre sacré des Perses : le Zend-Avesta. Il existe aussi l'hypothèse, un peu hasardeuse, qui attribue une origine sanscrite au nom d'Abram, en le comparant à Rama.

Cependant, le premier patriarche reçut de Dieu un autre nom, lorsque Dieu se révéla à lui : Abraham. Ce nom est formé par l'ajout de la lettre hé au milieu de son premier nom, Abram. Il advint de même à Saraï, sa femme, qui s'appela alors Sarah, avec un hé.

Les commentateurs affirment que la lettre hébraïque hé est la lettre de la connaissance ou de la sagesse. Lorsque Dieu transmet son secret à l'homme, il le fait au moyen de la lettre hé. C'est la lettre de la création. Elle représente le souffle de la création, auquel nous avons fait allusion à propos du passage du Zohar sur les lettres et les voyelles. C'est le secret de la cabale, et ceux qui l'ont reçue sont les cabalistes. Tel est le sens du verset biblique déjà cité : « ihvh Elohim forma Adam de la poussière du sol, et il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l'Adam fut fait âme vivante » (Genèse ii, 7).

Ainsi donc, grâce à la manifestation d'Elohim, Abraham fut créé de nouveau, à l'image du premier Adam antérieur au péché. Il fut créé homme parfait. En effet, il y a deux hommes, deux Adam : l'un procède de l'Adam pécheur et n'engendre que dans la vie mortelle ; c'est de celui-là que nous descendons. L'autre est l'Adam créé par Elohim, la génération messianique, et qui est capable d'engendrer dans la vie parfaite. Abram est l'image du premier, et ce n'est pas un hasard si le texte biblique signale qu'il ne pouvait pas avoir d'enfant de Saraï. Abraham, avec la lettre hé, représente le second.

Dans la Genèse, Abram dit au Seigneur : « Que me donneras-tu, alors que je m'en vais sans enfant ? » Le Seigneur le fit sortir à l'extérieur et dit : « Regarde2 vers les cieux et compte les étoiles si tu peux les compter : ainsi sera ta descendance » (Genèse xv, 5).

Le grand commentateur juif Rachi rapporte ce qu'en dit le Midrache : « Sors de ton destin tel qu'il est inscrit dans les étoiles. Tu as vu dans les astres que tu n'aurais pas d'enfant »3. Abraham voyait dans la sagesse des étoiles, ou astrologie, qu'il n'aurait pas d'enfant... Le Saint-béni-soit-Il lui dit : « Ne médite pas sur ces choses (la science des astres), mais sur le secret de mon Nom »4.

L'homme est clairement porteur de deux destins : le premier, provenant des astres, est le destin astrologique qui, en quelque sorte, est aveugle. Le deuxième vient d'au-delà des astres, du Nom divin ou de la bénédiction du Nom. Tel est le véritable destin de l'homme, et son libre arbitre consiste uniquement à choisir l'un ou l'autre destin.

Originaire d'Ur en Chaldée où il avait appris l'astrologie, Abraham savait fort bien qu'en vertu de son horoscope ou destin terrestre, il ne pouvait avoir d'enfant de Saraï. Cependant, le Seigneur l'avertit que, par la bénédiction qu'Il lui donne, il pourra échapper à son destin astrologique et être le Père d'une multitude.

La bénédiction que reçoit Abraham est le secret du Nom du Seigneur, la semence de la cabale qui se transmet de maître à disciple. Cette bénédiction n'est pas fonction des astres, elle ne dépend pas du destin car elle procède d'au-delà du monde sublunaire.

Tel est le véritable sens de la création. Nous avons dit précédemment que la lettre hé reçue par Abraham est la lettre de la création. La Bible entière ne parle que de cette nouvelle génération, ou plutôt de cette régénération.

L'union d'Abraham et de Sarah, qui engendre Isaac, représente l'archétype de la génération parfaite. Il ne s'agit plus ici d'une génération charnelle. Le récit historique n'est que le support de cet enseignement fondamental de la tradition hébraïque.

Le deuxième mot de la Genèse est bara, qui signifie « il créa ». Tout commence donc par une création. Mais de quelle création s'agit-il ? On a coutume de penser que le début du livre de la Genèse parle de la création du monde, de l'univers dans lequel nous vivons. Cette interprétation de la Bible est erronée et n'est que source d'incompréhensions et de fausses exégèses, de surcroît lorsque la question est abordée d'un point de vue scientifique.

Il ne faut pas comprendre que Dieu a créé ce monde dans l'état où nous le percevons actuellement, mêlé de corruption, car ce monde-ci est, en réalité, le résultat de la transgression adamique. Un verset dit : « Voici les engendrements des cieux et de la terre dans leur création, au jour où ihvh Elohim fit la terre et les cieux » (Genèse ii, 4).

Les commentateurs remarquent que le mot hébreu qui désigne « dans leur création » peut se lire : « par le hé, il les créa »5, afin d'enseigner que cette création s'accomplit au moyen de la lettre hé, cette même lettre qui fut ajoutée au nom d'Abraham au moment de son initiation. De plus, ce même mot, « dans leur création », se rapporte à Abraham, puisqu'il peut aussi se lire : « dans Abraham » (beabraham), afin de faire comprendre qu'en réalité, la création se fit en Abraham.

Les Hébreux ont pour coutume de distinguer deux mondes qui, en quelque sorte, ne sont pas séparés, puisque le deuxième est caché dans le premier. Le premier est appelé olam hazeh, « ce monde-ci », et l'autre, olam habah, « le monde à venir »6. Le olam hazeh correspond à l'existence corruptible et le olam haba, au monde incorruptible et régénéré. L'un se réfère à l'homme régi et généré par les astres, l'autre à l'homme régi et généré par le ciel. L'un est le monde d'Abram, l'autre est le monde d'Abraham. Ces deux générations dépendent de deux « feux » différents.


1. Du nom Sem vient le mot « Sémite ».
2. Le verbe hébreu employé ici, hebet, signifie « regarder d'en haut vers le bas ».
3. Le Pentateuque en cinq volumes avec Targoum Onqelos, suivi des Haphtaroth, accompagné du commentaire de Rachi, Fondation Samuel et Odette Lévy, Paris, 1988, vol. i, p. 85.
4. Cf. Sepher hazohar, op. cit., i, 90b.
5. behibareamet behe beraam.
6. Le mot olam, « monde », a comme racine le verbe alom, qui signifie « être caché ». L'équivalent en grec est aiôn.

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