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Marsile Ficin.

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#1535

Entre idéal platonicien et morale stoicienne.


La conception de Vamor Humanus chez l' humaniste florentin Marcile Ficin, inspirée certes des définitions du Banquet de Platon, était étroitement liée aux conceptions néoplatoniciennes héritées de Plotin. Néanmoins, l' interprétation du texte de Platon et les développements de ses successeurs ne sauraient a eux seuls rendre compte de la définition ficinienne, notamment dans son lien avec la notion romaine de la fascinatio. La philosophie et la poésie romaines des passions offrent une analyse du sentiment amoureux dont les échos sont sensibles dans le texte meme du commentaire. En effet, l' exposé des passions qu' offre le livre quatre des tusculanes a sans aucun doute fourni a Ficin les caractéristiques et la définition du " Mauvais amour " dont l' évocation n' est pas étrangére aux motifs poétiques tels qu' on peut les trouver, par exemple, dans la poésie ovidienne a propos du mythe de Narcisse, dont Ficin se souvient. Si Cicéron soulignait, au début du livre quatre des Tusculanes, la tension qui existait entre l' anthropologie platonicienne et la théorie des passions stoiciennes, il ne la résolvait pas. Ficin, lui, réalise cette articulation ou grace a la hiérarchisation néoplatonicienne des différents amours et peut ainsi affirmer l' existence d' un bon amour. Mais un tel Amor Humanus, qui est Amour philopédique, destiné a l' élévation divine ou voué a s' affaisser jusqu' a la "concupiscence bestiale", ne peut étre qu' un moment dans le processus proposé par Ficin, un point de fragile équilibre, intenable.

L.B.

Dernière édition: par ines.

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#1536

Avec le commentaire sur le Banquet de Platon, ou de Amore, en 1469, Marsile Ficin raméne au coeur du débat philosophique le théme de l' Amour, déja revivifié par le célébre poéme de Guido Cavalcanti, qui avait révélé, par sa complexité meme, l' inextricable enchevétrement des discours philosophiques, médicaux et poétiques. Pic de la Mirandole avait a son tour, dans le commentaire qu' il avait fait du poéme de Cavalcanti, en 1500, recouvert d' un voile obscur un sens qui devait rester hermétique. Ficin enrichit profondément la réflexion sur l' Amour en se proposant de donner non seulement une relecture du Banquet de Platon, mais aussi une mise en perspective de toute la Tradition néoplatonicienne qui permet au fondateur de l' Académie florentine de rendre compte de la pensée du philosophe Grec tout en livrant ce qu' on pourrait appeler - en s' inspirant de la terminologie des traducteurs - une belle infidéle qui allait connaitre un succés et une influence durable sur la pensée et la poésie d' Amour Occidentale des deux siécles suivants. A l' origine de la redécouverte de Platon, le commentaire est en meme temps le point a partir duquel la philosophie d' Amour du seiziéme siécle italien sera le lieu d' une déformation généralisée de la pensée de Platon, notamment dans le genre philosophico - littéraire des traités d' Amour dont le texte de Ficin peut étre considéré comme le traité fondateur, point de référence de ses imitateurs, plus ou moins rigoureux, et de ses détracteurs.


L.B.

Dernière édition: par ines.

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#1555

Ficin offre un commentaire qui suit de prés le texte du Banquet Antique non seulement dans sa forme et son déroulement - puisque chaque discours est repris et commenté par un orateur de l' Académie florentine - mais aussi dans le souci de donner une lecture attentive par une attitude exégétique et interprétative rigoureuse. Mais Ficin, optant pour l' harmonisation du propos a travers les discours des différents orateurs, fait du sixiéme discours, que Platon avait consacré a l' exposé de Socrate et de Diotime, le lieu d' une vérité qu' il projette sur les précédents. S' il est vrai que Platon, malgré la primauté accordée a Socrate - tout en jouant cependant de l' ambiguité du statut de Diotime - avait distribué quelques parcelles de vérité dans les cinq premiers discours, l' humaniste, lui, en fait un principe de rédaction : de la polyphonie nait une harmonie qui invite a voir derriére l' exégése du texte de Platon, l' expression de la pensée originale de Ficin, une préparation a sa théologie platonicienne.


L.B.

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#1558

L' incontestable prégnance des textes de Plotin, Denys ou Hermés, auxquel Ficin consacre ses travaux philologiques et théologico - philosophiques, a cependant quelque peu occulté l' influence de la philosophie stoicienne des passions et de la conception Romaine de la fascination de l' Amour humain ( Amor Humanus ) qu' offre l' humaniste du quinziéme siécle. Or la fascination est, chez Ficin, au coeur de la définition de cet Amour intermédiaire, entre l' " Amour Bestial " ( ferinus ) et l' Amour divin ( diuinus ). L objet de cette étude est de montrer qu' au coeur de la Tradition néoplatonicienne, les influences Romaines, de la morale stoicienne de Cicéron et de la conception Amoureuse des poétes, sont présentes et permettent de préciser la paradoxale fidélité de Ficin a sa source premiére qu' est Platon. J' étudierai donc la lecture Finicienne du Banquet, particuliérement des discours de Pausanias et de Socrate, qui posent les fondements de la définition de l' Amor Humanus. Néanmoins, l' interprétation du texte de Platon ne saurait a elle seule rendre compte de la définition Finicienne, non plus que le seul recours a la Tradition néoplatonicienne. La philosophie et la poésie Romaines des passions offrent une analyse du sentiment Amoureux dont les échos sont sensibles dans le texte meme du commentaire et le passage consacré au mythe de Narcisse, que Ficin ajoute a la fin du sixiéme discours, est une illustration de cette complémentarité des influences, permettant a l' humaniste chrétien de réaliser une synthése originale et assurément néoplatonicienne.


L.B.

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#1634

Sans vouloir critiquer quoi que ce soit, il me semble que Marsile (peut-être d'ailleurs auteur du tarot de Marsile, devenu "de Marseille") mériterait d'être DIRECTEMENT CITÉ ici, plutôt que ces propos qui sont parfois très justes, mais souvent si compliqués et dilués, d'un auteur intéressant mais tellement moins que Marsile Ficin lui-même.
(C'est un avis personnel, et je remercie Inès d'intéresser beaucoup de lecteurs à ce remarquable philosophe qui a remis la Tradition en route...)
N'hésitez pas à donner tous votre avis ! Et fermez-moi le bec si vous trouvez que j'ai tort.

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#1639

Franchement, j'approuve... j'ai lu les citations qui sont intéressantes, mais j'ai du prendre deux aspirines...
Peut-être qu'il serait préférable en effet de se référer directement à la source.
Mais vous pouvez aussi fermer le miens, de bec !

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#1647

arca écrit: Mais vous pouvez aussi fermer le mien, de bec !

Arrêtez de vous disputer, les deux au fond là !

Je connais une personne qui s'intéresse beaucoup à Ficin. Je vais tenter de la contacter pour lui demander si elle ne peut pas parfois venir l'ouvrir chez nous, le bec.

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#1729

Permettez-moi de vous remercier de mettre à l'honneur cet auteur que j'affectionne tant.

L'article dont sont tirés les extraits mis en avant par Inès est disponible dans sont intégralité et gratuitement à l'adresse suivante : dictynna.revues.org/144 .

Son auteur, Laurence Boulègue, rapproche le commentaire que Ficin fait du mythe de Narcisse
« De là le sort si cruel de Narcisse chez Orphée. De là le malheur déplorable des hommes. Narcisse adolescent, c’est-à-dire l’âme de l’homme imprudent et inexpérimenté. Ne regarde pas son visage, elle ne prête aucune attention à sa propre substance et à sa propre vertu. Mais il poursuit dans l’eau son ombre et tâche de la saisir, c’est-à-dire qu’elle admire dans le corps éphémère et semblable à l’eau qui s’écoule une beauté qui n’est que l’ombre de la sienne. Il déserte sa propre figure tandis que l’ombre lui échappe toujours, puisque l’âme en s’attachant au corps se néglige, sans être rassasiée par l’usage du corps. En effet, ce n’est pas le corps lui-même qu’elle désire, mais sa propre beauté qu’elle convoite, séduite comme Narcisse par la beauté corporelle qui n’est que le reflet de cette beauté. Mais comme elle ne s’en rend pas compte, tout en désirant une chose elle en poursuit une autre et se trouve incapable de combler son désir. C’est pourquoi fondant en larmes il se consume, c’est-à-dire que l’âme, placée ainsi hors d’elle-même et tombée dans le corps, est tourmentée par des passions funestes et, souillée par les ordures du corps, meurt en quelque sorte, puisqu’elle semble être désormais plus un corps qu’une âme. C’est pour qu’il échappe à une telle mort que Diotime a ramené Socrate du corps à l’âme, de celle-ci à l’ange et de ce dernier à Dieu. » (FICIN, Comm. sur le Banquet de Platon, VI, 17)
d'un extrait des Ennéades de Plotin (I, 6)
« Car si on voit les beautés corporelles, il ne faut pas courir à elles mais savoir qu’elles sont des images, des traces, des ombres ; et il faut s'enfuir vers cette beauté dont elles sont des images. Si on courait à elles pour les saisir comme si elles étaient réelles, on serait comme l’homme qui voulut saisir sa belle image portée par les eaux (ainsi qu’une fable, je crois, le fait entendre) ; ayant plongé dans le profond courant, il disparut ; il est de même de celui qui s’attache à la beauté des corps et ne l’abandonne pas ; ce n’est pas son corps, mais son âme qui plongera dans des profondeurs obscures et funestes à l’intelligence, il y vivra avec des ombres, aveugle séjournant dans l’Hadès. »

Il nous faut passer des beaux corps aux belles âmes. Il nous faut une Diotime pour nous guider de l'un vers l'autre.

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#1730

Merci de ces deux extraits intéressants, Pseudo-Sacha, qui nous donnent directement accès à la pensée de Ficin ; et aussi du lien qui évitera probablement à Inès, initiatrice du sujet, de devoir recopier la suite de l'article.

Petite question : Ficin écrit « le sort si cruel de Narcisse chez Orphée » ; ne serait-ce pas « chez Ovide » ?

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#1732

Cher Athanase,

Le texte dit "Hinc crudelissimum illud apud Orpheum Narcissi fatum".

Les notes de la traduction de Pierre Laurens mentionnent mot pour mot l'extrait des Ennéades de Plotin repris par Laurence Boulègue et une étude de Pierre Hadot sur "Le mythe de Narcisse et son interprétation par Plotin".

Ceci peut être mis en lien avec le Poïmandrès, 14 "Alors l'homme qui avait plein pouvoir sur le monde des êtres mortels et des animaux se pencha à travers l'armature des sphères, ayant brisé au travers leur enveloppe, et il fit montre à la nature d'en-bas de la belle forme de Dieu. Quand elle l'eut vu qui avait en lui même la beauté inépuisable et toute l'énergie des Gouverneurs jointe à la forme de Dieu, la nature sourit d'amour, car elle avait vu les traits de cette forme merveilleusement belle de l'homme se refléter dans l'eau et son ombre sur la terre. Pour lui, ayant perçu cette forme à lui semblable présente dans la Nature reflétée dans l'eau, il l'aima et il voulut habiter là. Dès l'instant qu'il le voulut, il l'accomplit et il vint habiter la forme sans raison. Alors la Nature, ayant reçu en elle son aimé, l'enlaça toute et ils s'unirent, car ils brûlaient d'amour."

Qu'en pensez-vous ?

Amitiés,

P-S

Dernière édition: par Pseudo-Sacha.
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#1742

Pseudo-Sacha écrit: Qu'en pensez-vous ?

J'ai retrouvé une partie de la citation de Ficin dans les Orphicorum fragmenta de Kern (merci, Arca Librairie ! :)) qui considère l'allusion à Orphée comme spurium vel dubium. Peut-être Ficin disposait-il d'un texte d'Orphée aujourd'hui perdu ? Les citations du récit de Narcisse (soulignées dans votre message), après vérification, ne viennent pas non plus d'Ovide. Mais tout cela importe peu.

Le rapprochement avec le passage du Poïmandrès est remarquable. Le tout me fait penser à un commentaire d'Eustathe sur Iliade, V, 432 et ss., où Apollon soustrait Énée à ses ennemis, puis «fabrique un fantôme semblable à Énée, aux armes pareilles, et, autour de ce fantôme, les Troyens comme les divins Achéens mutuellement déchirent, autour de leurs poitrines, boucliers de cuir ronds et rondaches légères» (trad. Mazon).

Voici ce commentaire (Questions homériques, p. 516) :

Les Anciens donnent une autre interprétation, plus profonde, à ce mythe.

Tout d’abord, disent-ils, ce monde (kosmos) dans son ensemble est une image et comme une copie de ce qui est réellement. Il est orné (kosmoumenos) par des êtres plus divins qui se trouvent dans le monde, notamment par le Soleil.

Ensuite, d’après eux, l’image d’Énée représenterait quelque chose de ce genre. Énée étant fils de la très belle Aphrodite, un bel homme, natif du pays, ils l’interprètent allégoriquement comme une beauté locale qui, à son tour, serait comme une image de la beauté présente dans le monde et aurait un rapport avec Apollon le Soleil, exactement comme le monde entier est la grande image de ce qui est.

Les Grecs souffrent d’innombrables maux autour de cette image, parce que, ajoutent-ils, les esprits plus attachés à la matière ne se détournent pas de ce genre d’images, mais attachés à leur beauté, ils se consument et s’épuisent pour elles.

Dernière édition: par Athanase Lynxe.
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#1744

Bonjour cher Pseudo-Sacha !

Bienvenue parmi nous et merci beaucoup pour ces éclaircissements !

A propos d'Énée, voici un "petit plus" que je trouve dans le glossaire du site :

[D’HOOGHVORST, E., Le Fil de Pénélope, t. 1, La Table d’émeraude, 1966, p. 133]
3 – Toute l’œuvre de la cabale, c’est ajuster aux lois de l’Amour cette âme du monde vagabonde, jalouse et toujours insatisfaite, pareille à la Junon de l’Antiquité, tant qu’elle n’a pas trouvé son lieu d’amour. Le « y a-t-il tant de colère dans les âmes divines ? » du beau Virgile dit fort bien la colère ressentie par cette âme universelle, insatisfaite et envieuse du héros Énée, fils de Vénus, la beauté du corps, ce que n’a justement pas cette âme corporelle.

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