ARCA Librairie
Antoine de Lophem
B-1390 Grez-Doiceau Belgique
Tél. : 0032 (0)479 47 45 42
info@arca-librairie.com
www.arca-librairie.com

Rabelais, il a raté son coup !

Plus d'informations
#2070

Encore rien sur le Prophète de la Bouteille, toute dive celle-là ! Stop au polissage, petits polissons...

Je transcris ici un avis qui fera sursauter les consciences et travailler les méninges, quitte ou double.

Toute ressemblance stylistique (en plus drôle) avec Louis Cattiaux est absolument fortuite...

"Vous voulez que je vous parle de Rabelais ? D'accord. J'ai fouillé ce matin encore l'Encyclopédie, alors maintenant je sais. Y a tout là-dedans, la Grande Encyclopédie. On fait des carrières formidables avec ça. Justement, j'ai cherché au mot Rabelais. Voyez-vous, avec Rabelais, on parle toujours de ce qu'il faut pas. On dit, on répète partout : "C'est le père des Lettres françaises." Et puis, il y a de l'enthousiasme, des éloges. Ça va de Victor Hugo à Balzac, à Malherbe. Le père des Lettres françaises oh là là ! C'est pas si simple.

En vérité, Rabelais, il a raté son coup. Oui, il a raté son coup, il a pas réussi. Ce qu'il voulait faire, c'était un langage pour tout le monde, un vrai. Il voulait démocratiser la langue. Une vraie bataille. La Sorbonne, il était contre, les docteurs et tout ça. Tout ce qui était reçu et établi, le Roi, l'Eglise, le style, il était contre. Non, c'est pas lui qui a gagné. C'est Amyot, le traducteur de Plutarque : il a eu, dans les siècles qui suivirent, beaucoup plus de succès que Rabelais. C'est sur lui, sur sa langue, qu'on vit encore aujourd'hui. Rabelais avait voulu faire passer la langue parlée dans la langue écrite : un échec. Tandis qu'Amyot, les gens maintenant veulent toujours et encore de l'Amyot, du style académique. Ça, c'est écrire de la merde : du langage figé. Les colonnes d'un grand quotidien du matin, qui se flatte d'avoir des rédacteurs qui écrivent bien, en est plein. Ça donne un cloaque à verbe bien filé, à phrases bien conduites, avec à la fin de l'article, une petite astuce innocente. Pas dangereuse, pas trop forte, pour ne pas effrayer le public. C'est ça l'échec de Rabelais, c'est ça l'héritage d'Amyot, de la vraie merde. Je continue.

Rabelais a vraiment voulu une langue extraordinaire et riche. Mais les autres, tous, ils l'ont émasculée, cette langue, jusqu'à la rendre toute plate. Ainsi aujourd'hui, écrire bien, c'est écrire comme Amyot, mais ça, c'est jamais qu'une langue de traduction.

Une de nos contemporaines presque célèbre a dit une fois en lisant un livre : "Ah! que c'est beau à lire, on dirait une traduction !" Voilà qui donne le ton. C'est ça la rage moderne du Français : faire et lire des traductions, parler comme dans les traductions.

Moi, y a des gens qui sont venus me demander si je n'avais pas pris tel ou tel passage de mes livres dans Joyce. Oui, on me l'a demandé ! C'est l'époque. Parce que l'anglais, hein, c'est à la mode. Moi, je parle l'anglais parfaitement, comme le français. Aller prendre quelque chose dans Joyce ! Non, comme Rabelais, j'ai tout trouvé dans le français même.

Lanson dit : "Le Français n'est pas très artiste." Pas de poésie en France, tout est trop cartésien. Il a raison, évidemment. Amyot, voilà un pré-cartésien, et c'est ainsi que tout a été gâché. Mais c'était pas le cas de Rabelais. Un artiste.

Rabelais, oui, il a échoué, et Amyot a gagné. La postérité d'Amyot, c'est tous ces petits romans émasculés qui paraissent de nos jours dans les meilleures maisons d'édition. Des milliers par an. Mais, des romans comme ca, moi, j'en fais un à l'heure, or, on ne publie que cela. Où est la postérité de Rabelais, la vraie littérature ? Disparue. La raison en est claire. Il faudrait comprendre une fois pour toutes (assez de pudibonderie!) que le français est une langue vulgaire, depuis toujours, depuis sa naissance au traité de Verdun. Seulement ça, on ne veut pas l'accepter et on continue de mépriser Rabelais.

"Ah ! C'est rabelaisien !" dit-on parfois. Ça veut dire : attention, c'est pas délicat, ce truc-là, ça manque de correction. Et le nom d'un de nos grands écrivains a ainsi servi à façonner un adjectif diffamatoire. Monstrueux !

Car c'était un type très fort, Rabelais : écrivain, médecin, juriste...il a eu des embêtements, le pauvre, même de son vivant. Il passsait son temps à essayer de ne pas être brûlé. Non, la France peut plus comprendre Rabelais : elle est devenue précieuse. Ce qui est terrible à penser, c'est que ça aurait pu être le contraire. La langue de Rabelais aurait pu devenir la langue française.

Mais il n'y a que des larbins, qui sentent le maître et veulent parler comme lui. Vive l'anglais, la retenue plate !

Rabelais, me direz-vous, ça sent bien un peu le système : mais quoi, ce type, il a été traqué par la persécution catholique, il battait en brèche les puissants. Oui, ça sentait le fagot, ce qu'il faisait...(génial double sens ! ndr)

Voilà l'essentiel de ce que je voulais vous dire. Le reste (imagination, pouvoir de création, comique, etc) ça ne m'intéresse pas. La langue, rien que la langue, voilà l'important. Tout ce qu'on peut dire d'autre, ça traîne partout. Dans les manuels de littérature, et puis lisez l'Encyclopédie. Si vous en voulez plus, allez demander à tous ces grands écrivains qui, eux, ont "des idées sur Rabelais". Ah! que j'en connais qui se prendraient la tête entre les mains et vous diraient avec sérieux : "Rabelais, quel prodigieux inventeur de mots !" Ce ne sont que des bavards.

Tenez-vous-en plutôt à ce qui est intéressant chez lui : son intention un peu démagogique d'attirer le public en parlant comme lui. Je comprends, moi, Rabelais était médecin et écrivain, comme moi. Ça se voit, la crudité juste.

C'était un bon anatomiste, d'ailleurs, et, chose prodigieuse pour l'époque, il opérait déjà ! Il a même inventé un appareil chirurgical.

Il ne devait pas croire beaucoup en Dieu, mais il n'osait le dire. Au reste, il a pas mal fini, il a pas eu de supplice. C'a été après, le supplice. Quand on a académisé et égorgé le français qu'il parlait, pour en faire une littérature de bachot et de brevet élémentaire. (Hahahahahaha)

Comme dit Robert Poulet, on a fait un français maigre alors qu'il avait un français gras. Pire : squelettique. Même Balzac n'a rien ressuscité. C'est la victoire de la Raison. La Raison ! Faut être fou ! (dans les deux sens, si si, ndr). On peut rien faire comme ça, tout émasculé. Ils me font rire. Regardez ce qui les contrarie : on a jamais réussi à faire raisonnablement un enfant. Rien à faire, il faut un moment de délire pour la création.

Mais non, en littérature, faut rester propre. Alors on met aujourd'hui des lignes de points de suspension quand il se passe quelque chose. Et puis ça continue bien tranquillement : "Le lendemain, ils étaient tous deux invités à la réception de la duchesse." Oh ! Je ne recommande pas l'érotologie, ça me dégoûte, mais ce qui est terrible c'est ce langage trop poli.

Ce qu'il y a de bien chez Rabelais, c'est qu'il mettait sa peau sur la table, il risquait. La mort le guettait, et ça inspire, la mort ! C'est même la seule chose qui inspire. Je la sais, quand elle est là, juste derrière...quand la mort est en colère...

"Il était pas bon vivant, Rabelais." On dit ça, c'est faux. Il travaillait. Et, comme tous ceux qui travaillent, c'était un galérien. (les travailleurs -qu'on est- apprécieront, ndr) on aurait bien voulu l'avoir, le condamner. Autres galères. (Hahhahahaahhahahahahahahahahahahhah) Celles du pape, ça a existé, c'est vrai. Et là, les gars, il fallait qu'ils rament : qu'ils ramâssent, comme dirait M. Duhamel. Bardamu, aussi, mon héros dans le Voyage, il dirait ça. Ah ! les imparfaits du subjonctif...

J'ai eu dans ma vie les mêmes vices que Rabelais. J'ai passé moi aussi mon temps à me mettre dans des situations désespérées. Comme lui, je n'ai donc rien à attendre des autres. Comme lui, je ne regrette rien."

1958

Dernière édition: par JeannotLapin.
Les utilisateur(s) suivant ont remercié: ines

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2072

Bonjour cher Jeannot Lapin
Mais qui, dans l' Encyclopédie, affirme tout cela ? A propos de Rabelais ?
Est ce de vous ?
Ne vous génez pas de ne pas étre enthousiastes des Francais.

En espérant que vous éclairerez ma lanterne de si bonne heure.
La grande forme dites moi !

Bien a vous Ines.

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2073

Les insomnies, les angoisses, le manque de drogue, la forme quoi ! Haha

Non non je vous rassure, je ne suis pas Monsieur Encyclopédie ;-)

Cherchez sur Google -grande mode il paraît- deux écrivains de Meudon, médecins et prophètes...y en pas trois.

Un ou deux par millénaire, tout au plus...

Les Français parfois oui je les conchie, puis je leur pardonne, leur moyen âge est si drôle. Puis certains auteurs.

Les utilisateur(s) suivant ont remercié: ines

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2074

Merci pour le tuyau !
Vous avez totalement raison en ce qu' il s agit de vous moquez des Francais.....
Moi également je me le permets ( mais je l' ai toujours payé trés cher !).

C' est pas grave.
Merci a vous Jeannont Lapin !
Belle journée a vous.
Ines.

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2075

“Vous voulez que je vous parle de Rabelais ? D'accord. J'ai fouillé ce matin etc.”

Voilà quelqu'un qui sait parler... euh... franc ?... :-|

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2080

Un vrai franc-parler...

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2081

Oh, vous savez, quand je les conchie, je me dis que j'en ferais autant avec n'importe qui...au fond, quand on se réveille, on a des envies d'assassinat..à tous propos...le voisin qui fait du bruit, l'Administration, la belle-sœur...c'est un miracle qu'il n'y ait pas plus de génocides, je trouve.

Même Dieu, Il est obligé de coucher l'Homme dans sa merde avant de l'approcher, pas moyen sinon. Moi, j'ai trouvé, je m'approche que des enfants, pas respirable autrement ....d'autres n'aiment l'Homme que lorsqu'il est couché, malade, grabataire.

Dernière édition: par JeannotLapin.

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Plus d'informations
#2104

C'est vrai que c'est pas toujours évident de voir qu'il y a un Dieu en chaque homme... mais alors parfois bien, bien au fond...
Néanmoins, je propose qu'on se donne tous la main et qu'on fasse une ronde autour de la planète en chantant des chansons.
C'est si beau le Christ Vainqueur !

Les utilisateur(s) suivant ont remercié: Pantout

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Temps de génération de la page : 0.294 secondes
Achat, Vente, Expertise de livres rares, anciens, épuisés, d'occasion et neufs spécialisés. La Librairie Arca s'inscrit dans la lignée des librairies traditionnelles.
Les visites à la librairie se font uniquement sur rendez-vous, qui seront pris de préférence par e-mail en utilisant ce formulaire ou par telephone au +32 (0)479474542
Nous cherchons en permanence pour achat des livres rares en lot ou à la pièce. N’hésitez pas à nous contacter pour une expertise gratuite.

Site Web Suivi par Le docteur web